Vers une culture décroissante

Nous consommons les ressources du monde alors qu’elles sont en train de s’épuiser. Il est plus que temps d’inverser la tendance. Et c’est certainement aux pays occidentaux et à leurs habitants de commencer. Il n’y aura pas de technologie miracle qui viendra nous sauver, il n’y aura pas de deuxième planète. La seule issue, c’est la décroissance.

La décroissance peut s’opérer à tous les niveaux, mais pour rester dans nos sujets habituels, nous pouvons déjà réduire notre consommation de ressources et d’énergie dans le domaine culturel. En tant qu’occidentaux, nous consacrons un budget élevé à la consommation de biens culturels. Et nous avons une grosse marge de progression. Cette progression est d’autant plus importante à opérer qu’eu égard de l’urgence mondiale, et bien qu’en lui reconnaissant tous ses bienfaits, la culture est quelque chose de superflu. Alors cessons d’en faire une source de gaspillage.

Une culture décroissante passe par consommer moins de culture. Beaucoup, beaucoup moins en fait. Quitte à produire notre propre culture en compensation.

Mais c’est aussi privilégier une culture moins gourmande en ressources. C’est arrêter d’acheter toutes les nouvelles consoles et privilégier des jeux vidéo rétro moins gourmands en énergie et en hi-tech, c’est choisir des jeux analogiques les moins gourmands possibles en ressources et avec la meilleure durée de vie possible (un jeu d’échec ou un jeu de rôle par exemple), c’est acheter des biens culturels produits près de chez nous, privilégier les biens culturels faits à partir de produits recyclés ou conçus de façon selon des procédés plus respectueux de l’environnement, privilégier les données informatiques stockées en dur plutôt que sur un cloud.

C’est aussi se montrer plus vigilants au sujet des messages que propagent la culture que nous consommons : les gammes culturelles qui nous appellent à la collectionnite, les oeuvres qui célèbrent la richesse ou la consommation de produits animaux (deux gros facteurs de destruction de nos écosystèmes)… mériteraient de sortir de nos radars.

Une culture décroissante, compatible avec une société de vocations, c’est enfin une culture qui tourne. Donnons nos livres après les avoir lus, donnons nos jeux vidéo après les avoir joués, procurons-nous des biens culturels d’occasion.

Consommons moins, consommons mieux et pour ce que nous consommons, partageons-le le plus possible.

7 réflexions au sujet de « Vers une culture décroissante »

  1. En ce qui concerne les jeux de rôle, l’offre gratuite est déjà pléthorique, à tel point qu’on peut assez facilement se passer d’acheter de nouveaux jeux, ou alors se tourner plus vers les jeux de seconde main. Après, ce n’est peut-être pas le truc le plus à faire d’un point de vue commercial. Si on n’achète plus de nouveaux jdr, c’est la fin d’un certain modèle économique du jdr tel qu’on le connaît. D’autres modèles existent, comme tu l’as démontré Thomas avec ta démarche de créatif à plein temps soutenu uniquement par des dons (Tipeee) et des produits vendus à prix coûtant.
    Pour ma part, je suis en train de revendre mes jeux; j’ai pris la ferme résolution de ne plus en acheter, quitte à les écrire moi-même ou à faire jouer les jdr disponibles gratuitement.
    Je n’ai plus l’envie, ni l’argent et le temps pour me constituer et entretenir une bibliothèque de jdr; la collectionnite, très peu pour moi.

    • Tu parles de modèle économique et c’est justement celui-ci qui est en cause. L’épuisement des ressources et de la biodiversité sont le fruit de notre modèle économique. C’est pour cela qu’il est urgent d’en changer, y compris pour la culture.

  2. Une préoccupation que je partage… mais j’ai encore du mal à articuler ce que cela signifierait, concrètement.

    Pour ma part, en 2016, je crois, j’avais pris la résolution de n’acheter aucun livre, et de me tourner à la place vers les bibliothèques et, bien sûr, tous les livres que j’avais accumulés au fil des années et qui attendaient encore d’être lus. Cette année, j’ai au contraire décidé d’acheter au moins un livre par mois, mais en ciblant des autoédités francophones, dans un souci de répartition plus équitable du temps et de l’argent globaux disponibles…

    En tant que personne qui prétend rajouter son grain de sel superflu à la montagne de la culture, j’avoue que je me sens souvent en porte-à-faux avec mes propres valeurs, et j’ai du mal à voir un chemin clair. Au minimum, j’essaie également de privilégier la qualité de ma production à sa quantité… ou, du moins, de chercher une sorte de compromis (vu comme je suis feignante, je pourrais facilement me contenter de produire très peu, mais je ne crois pas que je pourrais espérer en vivre, alors).

    • Je crois que cette résolution d’acheter un livre autoédité francophone par mois est un bon compromis… si elle rencontre ta capacité de lecture mensuelle. Et une fois que tu as lu ces livres, tu peux très bien les donner, par exemple à une bibliothèque où justement les livres autoédités sont sous-représentés. Pour ma part, je n’ai jamais regretté d’acquérir un livre autoédité, j’y ai toujours trouvé une voix singulière. Aujourd’hui par voeu de pauvreté je n’achète presque plus de livres mais on continue à m’en offrir. Peut-être vais-je finir par décliner. J’ai facile plusieurs années de lecture dans ma bibliothèque personnelle et je manque de temps pour lire. Du coup, je crois que je vis le même dilemme que toi en fait !

      Concernant l’idée de privilégier la qualité d’écriture à la quantité, à mettre en relation avec l’objectif d’en vivre, je crois que ça peut être compatible. Un excellent livre de 50 pages aura plus de chances de succès qu’un livre médiocre de 500 pages.

      Tu as très bien fait de mettre ton blog dans le commentaire, cela m’a permis de le découvrir. Tes articles sur l’écriture sont passionnants. Je manque de temps pour tous les lire d’un coup, mais je mets le blog dans mes onglets de lecture !

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