Un voyage de mille lieues a commencé par un pas

Nous nous empêchons de créer quand nous avons peur du chemin à parcourir pour aboutir une œuvre. Mais l’important, c’est de faire un pas sur le chemin. Parce que notre œuvre pourrait bien tenir dans ce pas.

 

Nous avons tous des idées créatives. Des projets d’œuvre, dans tous les domaines. Mais nous sommes nombreux à ne jamais passer à l’acte. Nous avons des excuses. Nous n’avons pas le temps, pas le matériel, pas les compétences. Nous n’avons pas le courage. Nous imaginons une œuvre fabuleuse, nous savons qu’il faudra du temps, de l’argent, de l’acharnement pour l’aboutir. Devant toutes ces difficultés, nous reportons le début à demain. Ou nous abandonnons notre idée.

Dans le Tao-Te-King, Lao-Tseu dit : « Un voyage de mille lieues a commencé par un pas. ».

Personne n’a le courage de faire un voyage de mille lieues. Tout le monde peut trouver le courage de faire un pas. Écrire un mot sur une feuille. Donner un coup de pinceau sur une toile. Poser la première brique d’une maison.

Passé ce premier pas, que nous coûte-t-il de faire le suivant ? Ecrire un deuxième mot, donner un deuxième coup de pinceau, poser une deuxième brique.

Découper notre œuvre en minuscules pas créatifs peut sembler une tricherie mentale. Au contraire, c’est voir les choses telles qu’elles sont. Nous ne faisons qu’un pas à la fois. Les mille lieues qui suivent ce pas appartiennent au futur. Elles ne nous concernent pas et ne peuvent rien nous coûter. Ce qui nous concerne à cet instant précis, ce qui requiert toute notre concentration, c’est ce pas que nous faisons.

Chaque pas est important. Le dernier pas n’est pas plus précieux que tous ceux qui les précèdent. Le dernier pas n’existe pas ; une œuvre n’est jamais terminée tant qu’on peut marcher.

Si cela peut aider, nous pouvons nous autoriser à faire un brouillon. Si cela nous paraît trop dur de bâtir une maison, nous pouvons au moins faire des plans. Si cela nous paraît trop dur, nous pouvons au moins écrire une liste de choses que nous voudrions dans cette maison. Ce brouillon est déjà une œuvre. Toute œuvre est le brouillon d’une plus grande encore.

Mais surtout, une œuvre peut se limiter à un pas. Pour un grand accidenté, faire un pas est déjà en soi un combat, une œuvre, une victoire. Pour un grand timide, dire un mot est déjà un combat, une œuvre, une victoire. Et quand ce mot est « je t’aime », il peut suffire à transformer le monde.

Quelle est la taille minimale d’un roman ? Un mot. Un mot peut suffire. Et mille personnes écriraient le même simple mot qu’elles ne l’écriraient pas de la même façon. Avec ou sans majuscule, à la main ou sur ordinateur, avec ou sans ponctuation, en couleur ou en noir et blanc, sur du papier, sur un mur, sur la peau…

Quelle est la taille minimale d’une symphonie ? Une note.

Quelle est la taille minimale d’une peinture ? Une tache.

Parfois, nous avons une idée fraîche, belle, touchante. Nous voulons en faire une œuvre, un roman, une symphonie, une maison. Mais nous ne savons pas quoi mettre autour de cette idée. Alors, nous ne commençons pas.

Un roman de cinq-cents pages, ce n’est pas une bonne idée. C’est cinq-cents bonnes idées. Si nous n’avons qu’une bonne idée, alors écrivons un roman d’une page. Si l’idée est belle, ce sera un beau roman, un roman d’une page, il touchera des personnes, il transformera le monde. Si notre idée est ce genre d’idée qui donne naissance à cinq-cents autres idées, alors nous pouvons écrire ce roman de cinq-cents pages. Abstenons-nous juste d’écrire un roman de cinq-cents pages avec une seule bonne idée et du remplissage autour. Ecrivons un beau roman d’une page à la place.

Et même si ne nous trouvons pas l’idée belle, écrivons quand même ce roman d’une page. Ne refusons pas de nous exprimer. Car, qui sait à quel voyage ce vilain premier pas pourrait donner naissance ? Et même si nous croyons que cette idée ne vaut pas celle des autres. De quel droit pensons-nous ça ? Il n’y a pas de règles qui dit quelle idée est bonne et laquelle ne l’est pas.

Un manque d’idées ne doit pas être une excuse pour ne pas être créatif.

De même que le manque d’argent, de matériel, de temps, ou de connaissances.

Nous pouvons faire un pas qui nous coûte un centime d’euro, une brique, une seconde. Nous pouvons faire ce pas à l’instinct.

Tout le monde sait dessiner. Tout le monde sait parler. Tout le monde sait poser une brique. Parce que c’est de la pure expression, et tout le monde sait s’exprimer. C’est répéter ces gestes, répéter cette expression, apprendre, échouer, recommencer, qui est difficile. Mais c’est difficile dans le futur. Dans le présent, rien n’est plus facile, rien n’est plus nécessaire, rien n’est plus profitable que de faire ce geste.

Si on veut apprendre à dessiner, il suffit de faire un dessin par jour. Si on veut apprendre à écrire, il suffit d’écrire une phrase tous les jours. Si on veut apprendre à marcher, il suffit de faire un pas par jour.

 

Renoncer à créer, c’est renoncer à faire ces gestes si faciles. C’est renoncer à nous exprimer, priver le monde de notre voix, et priver les voyageurs de notre rencontre.

9 réflexions au sujet de « Un voyage de mille lieues a commencé par un pas »

  1. Bonsoir, dommage que j’ai perdu le commentaire que j’avais écris. Ce n’est pas grave. L’idée générale est que l’article est très intéressant. On peut dire que la vie elle-même est un voyage de mille lieux, que chaque jour l’est aussi et que nous sommes tous créateurs malgré nous sans presque le savoir. Mais, en le sachant, on donne encore plus de valeur à chaque geste, pas que l’on fait petit ou grand.
    Au plaisir.

    • merci à toi ! Assez curieusement, cet article représente un des fondements de ce que j’ai à dire sur la créativité. Etonnant que je l’aie rédigé si tard. Il nous faut parfois du temps pour faire ce premier pas.

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