Un peu de désordre

Après avoir vanté les mérites de l’ordre sur la créativité, un peu d’auto-contradiction : le désordre a autant de vertus.

Qu’avaient en commun Einstein et Turing, en plus d’être des génies ? Leur bureau était en grand désordre. Einstein disait avec malice : « Si l’aspect d’un bureau encombré évoque un esprit encombré, que penser d’un bureau vide ? » La créativité consiste à témoigner de ses expériences, à témoigner de ce que l’on voit. Le chaos qui nous environne est source d’inspiration, c’est une banque de données, une mine de sérendipité. A chaque de personne de voir si elle se contente de trouver l’inspiration dans le chaos qui nous environne de toute façon ou si elle préfère le concentrer dans son bureau. Cultiver le désordre, c’est cultiver l’inspiration, c’est cultiver le non-agir.

Et si le désordre était un vertueux sens des priorités ? Et si ranger était une forme grave de procrastination ? Le désordre, c’est avant tout refuser qu’il y ait norme dans la hiérarchie de nos activités. C’est ignorer le bruit, les signaux parasites. Pas de planning, pas d’objectif. Ne jamais être pressé, travailler sans date limite. Prendre le chemin de moindre résistance.

Nous pouvons organiser nos activités en fonction de nos plannings, mais ce qui compte c’est de faire ce pourquoi nous trouvons de l’énergie, et pour cela n’hésitons jamais à chambouler notre planning.

Notre mental est comme un enfant hyperactif. S’il nous intime de ranger, c’est pour nous éviter de concentrer notre attention sur la même chose trop longtemps. Le désordre, c’est la vertu d’entendre ces incessantes injonctions contradictoires, et les ignorer le temps qu’il nous faut pour terminer ce que nous avons en route.

Le désordre, c’est l’éloge de la paresse. Créons ce que nous aimons, soyons toujours fiers de ce que nous avons fait. Documentons-nous le moins possible avant de tenter une nouvelle expérience.

Le contrôle peut coûter énormément de temps. Oublions la gestion du temps. Deux formules la rendent obsolète :
Que pouvons-nous faire en cet instant qui servent au mieux nos intérêts ?
Que pouvons-nous faire pour aider les autres d’une façon qui nous agrée ?

Oublions alors le méta-travail : tout le temps perdu à faire du travail qui ne produit rien : la traçabilité, la méthodologie, l’administratif, causer, rendre des comptes… Il est un temps où ce méta-travail est nécessaire quand notre façon de faire est devenu trop inefficace, il est un temps où ce méta-travail n’est qu’une routine, un diplôme, une dérobade, qui n’apporte pas de valeur.

Créer en désordre, c’est être en retard. Cessons de rattraper des retards : rompons des engagements. Et surtout, lâchons prise du stress d’être en retard : le retard n’existe pas. Ce n’est qu’une comparaison de notre situation avec une situation imaginaire. N’ayons pas peur de perdre du temps. Le temps, ce n’est que du temps. Nous en perdons à chaque seconde que nous respirons. Il n’y a qu’une meilleure façon d’occuper notre temps, celle où nous acceptons ce qui est.

Le désordre, c’est lâcher prise de l’idée d’être le meilleur. Ne nous enorgueillons pas d’avoir trouvé une solution à un problème : tout problème a une infinité de solutions. Dont considérer que ce n’est pas un problème.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *