Tout le monde a quelque chose qui dort dans un tiroir

Noël approche et tout le monde est très occupé.

Alors aujourd’hui, pas d’article invité. Comme je suis bavard, je vais écrire moi-même.

Mais je vais quand même vous parler des articles invités.

Depuis le lancement d’Outsider, vous avez été nombreux à témoigner de votre propre processus créatif. Des problèmes que vous avez rencontré pour vous diffuser. Pour dégager un revenu de cette activité quand c’était votre but. Je pense aux derniers articles invités. Je pense aussi aux personnes que j’ai pu voir en direct, à l’équipe du Blog de la Cellule, aux intervenants du forum de Terres Etranges et de Silentdrift. Cela m’a fait chaud au cœur et cela m’a beaucoup appris.

 

Tout le monde a quelque chose qui dort dans un tiroir.

Je pense à ceux qui se déclarent auteurs indépendants. Je pense aussi à ceux qui n’ont pas de velléité de diffusion, qui sont dans le combat quotidien de la création. Cela peut concerner un fanzine imprimé à l’encre bleu, un jeu de rôle impliquant les deux choses que vous trouvez les plus cool au monde (les Télétubbies et Magnum), un roman cathartique dont vous avez déjà écrit dix pages, des piles de carnets griffonnés de croquis. C’est peut-être encore un opéra pour marionnettes ou un court-métrage tourné avec des moyens dignes du film Soyez sympa, rembobinez de Michel Gondry.

C’est dur de vouloir créer quelque chose. C’est encore plus dur d’en parler. Je sais que les auteurs des articles invités précédents ont dû se faire violence. Je sais aussi que ça leur a fait du bien.

Les medias dominants produisent des œuvres si nombreuses et si impressionnantes ! Vouloir créer sa propre culture relève de l’insolence. Tout comme consommer des cultures alternatives.

Pourtant à l’approche de Noël, est-ce que ça n’est pas plus fort d’offrir quelque chose qu’on a soi-même fabriqué, ou d’offrir un produit culturel créé par un artiste local, ou d’une personne avec qui vous avez pu échanger sur internet ?

C’est parce que le chemin de la création est difficile que je veux connaître le parcours des autres. Je ne m’intéresse pas qu’aux maillots jaunes. Je veux aussi savoir ce que ressent celui qui a fait une chute dès le premier col. Ou celui qui n’a pas osé se présenter sur la ligne de départ.

Si créer est une chose, en parler en est une autre. Quand je parle de ce que je fais, j’ai l’impression de demander aux autres de m’aimer. Ce n’est pas ce que je veux en réalité. On peut très bien aimer un de mes livres sans m’aimer moi-même. Ou l’inverse. J’ai beaucoup d’amis et de famille qui ne me liront jamais, je suis cool avec ça. N’empêche ! Il est facile de vivre un échec artistique comme un échec personnel. Nous sommes des êtres sociaux, la solitude et l’indifférence nous effrayent. Je ne sais pas si mes créations ont grand chose en commun avec ceux dont je demande un article invité. Mais je suis sûr que nous avons ce doute en commun. C’est avec les auteurs de jeu de rôle que j’ai le plus l’occasion d’échanger. Et bien entre nous, on parle de nos créations mais on se cantonne toujours à des faits techniques. On parle d’intention, de design, de mécanismes. On ne se met pas à nu. Dire qu’on a écrit un jeu de rôle avec ses tripes, c’est prendre le risque de voir surgir Nelson Muntz d’un buisson, pointer le doigt vers nous et s’esclaffer d’un terrible « Ah, Ah ! ».

Je sais que c’est difficile d’en parler car cela relève de l’intime. Qu’on peut être mal à l’aise au sujet de la pertinence de ses créations. Au lieu de créer, on trouve toujours une meilleure façon d’employer son temps. Alors, trouver le temps d’en parler, c’est d’abord livrer un sérieux combat contre soi-même ! Mais peu importe ce que vous créez ou à quel stade vous en êtes, je l’aime déjà.

Qu’on se connaisse ou pas ne fait pas de différence. Envoyez-moi un mail à munier.thomas_at_laposte.net, je serai ravi de découvrir ce qui dort chez vous au fond d’un tiroir.

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