S’échapper des saisons

L’heure est venue de clôturer la saison 1 d’Outsider, avec un neuvième livre au bout de neuf mois. Je ne sortirai rien en juillet et en août et je commencerai la saison 2 d’Outsider avec un nouveau livre au 1er septembre. Je ralentirai le rythme de publication en passant de un livre par mois à un livre tous les deux mois. Après avoir écoulé une partie de mon patrimoine, je vais consacrer plus de temps sur des ouvrages nouveaux. Je vais aussi être davantage ouvert à l’imprévu, à l’écoute de mes envies, à l’écoute de mes partenaires. Et consacrer aussi du temps à faire découvrir au public les 9 livres de la saison 1.

Lorsqu’on termine un projet, même un projet en stand-by depuis des années, on libère énormément de place dans sa tête. De nouvelles idées affluent, de nouveaux projets. J’ai été surpris de voir à quel point mettre des titres sur un catalogue d’impression à la demande a dopé ma créativité. Sans parler des nombreuses rencontres, réelles ou virtuelles, toutes plus enrichissantes les unes que les autres. La saison 2 promet d’être énergisante. De nouveaux livres sur Millevaux, du roman, et d’autres choses encore, dans tous les styles. Naïf ou glauque, classique ou innovant.

Avant de démarrer Outsider, je planifiais tout. Chaque journée, chaque semaine, chaque mois, chaque projet. Je pense que ça m’a coupé de la vie et m’a paradoxalement empêché de mener à terme mes projets et d’être ouvert aux opportunités. Un jour, ma liste de tâches s’est retrouvée vide. C’est à ce moment là que j’ai eu la place dans mon esprit pour concevoir l’aventure d’Outsider. J’ai continué à lâcher prise tout au long de la saison. Certains projets, Voyage au bout de Bihr, et ce dernier livre, sont le fruit d’une plus grande ouverture aux opportunités. J’ai encore du chemin à parcourir. Je me suis fixé des dead line éreintantes, j’ai perdu du temps en vagabondages sur internet, j’ai appliqué des méthodologies de façon obsessionnelle avant de pouvoir m’en défaire. Si je suis vraiment heureux du parcours réalisé, je pense que j’ai encore été coupé de la vie toute cette année. Malgré ce que j’ai pu prêcher, j’ai encore passé du temps sur des activités sans intérêt, comme le vagabondage sur internet. Quand il m’a fallu prendre du temps pour les projets d’envergure, je l’ai plutôt pris sur le temps de mes proches, sur le temps d’autres projets d’envergure, ou sur un temps que j’aurais pu consacrer à faire de l’exercice, à méditer, à contempler. La semaine dernière, j’ai supprimé tous mes abonnements twitter et google +, et divisé par deux le nombre de mes amis sur facebook. Je ne me coupe pas de mes lecteurs car je continue à alimenter Outsider Daily. Mais je leurs dois d’être plus centré, plus concentré.

Une vie de changement, c’est une vie à se fixer des règles et à les transgresser. Je pensais que je ne participerais plus jamais à un concours, et que j’éviterai tout ce qui comporte une dead line en général. Il a suffi d’une discussion avec Lionel Jeannerat, un auteur indépendant qui a déjà écrit pour ce blog, pour me persuader de participer au concours Game Chef 2013, qui consiste à écrire un jeu en 9 jours à partir d’images imposées.

Cela a été libératoire. J’ai écrit S’échapper des Faubourgs, un jeu de dupes, un cauchemar de poche en 40 pages hallucinées. C’est un livre qui interroge la notion même de jeu. Quand commence le jeu ? Quand on a lu les règles et rassemblé des joueurs, ou dès la première ligne ? Joue-t-on à un jeu pour se divertir ou pour tester ses limites ? Qu’a-t-on le droit d’aborder dans un jeu ? Un jeu est-il vraiment à part de la vie ? Où sont les Faubourgs ? Peut-on vraiment s’en échapper ? Qu’y a-t-il au delà des Faubourgs ? Qui veut s’aventurer dans cette épreuve d’horreur intime et personnelle ? A chasser le monstre, à quelle vitesse devient-on soi-même un monstre ? A quel point un jeu peut-il être poussé en restant jouable ? A-t-on le droit d’y engager ses émotions et ses pulsions ?

S’échapper des Faubourgs est singulier. Apparu dans des conditions de pression et de température hors-norme. Quelque chose qui me hantera, avec des questions, des regrets, des termes et des images qui me font peur. C’est mon cauchemar personnel, c’est le cauchemar d’une vie et d’une carrière, et ce sera sans doute le cauchemar de celles et ceux qui le liront et le joueront.

J’en profite pour détailler mes influences rôlistiques pour S’échapper des Faubourgs :
La Méthode du Docteur Chestel, de Daniel Danjean, qui propose de visiter l’inconscient de malades pour les guérir.
Lacuna, de Jared Sorensen, qui transpose l’onirisme en jeu de rôle dans toute son absurdité
Little Fears de Jason Blair, qui propose un rapport très intime à l’horreur et prend de véritables risques ludiques.
Patient 13, d’Anthony Combrexelle, pour son ambiance cauchemardesque et son premier scénario dont la structure m’a vraiment marqué.
Prosopopée, de Frédéric Sintes, pour sa gestion du partage de l’autorité et la possibilité, immense, de faire créer l’univers par les joueurs.
Sombre, de Johan Scipion, pour l’idée de confier l’ennemi aux joueurs dont le personnage vient de mourir, et pour son influence sur moi en général en matière de jeu horrifique et onirique.

S’échapper des Faubourgs est disponible en version texte gratuite, en version illustrée gratuite, et en livre.

Une réflexion au sujet de « S’échapper des saisons »

  1. Ping : La Check-list du MJ (par Thomas Munier) | Le joyeux monde des Jeux de Rôles

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *