Relationnel et modèle artistique

Si la relationnel s’avère crucial dans le processus créatif, si l’on peut en tenir compte dans son modèle économique, quel impact nos relations avec le public peuvent-elle avoir sur notre modèle artistique ?

Les artistes outsider créent sans public, d’autres évitent le contact, d’autres ne tiennent pas compte de son avis, et d’autres encore en tiennent tellement compte qu’ils font dans le clientélisme ou oublient que le public a besoin d’être surpris ou bousculé.

Préférons la voie médiane. Notre public est une formidable source d’inspiration. On peut imaginer tous les articles d’un blog à partir des questions des lecteurs. On peut améliorer le montage d’un film grâce à des projections-test. On avance dans la compréhension de sa propre oeuvre avec les retours des personnes. Notre public est une communauté qui permet à nos créations de développer une vie propre ; communautés de joueurs d’un jeu de rôle, de fans d’un univers de roman, de soutien sur des réseaux sociaux.

Ces personnes nous font l’honneur d’échanger avec nous. Elles considèrent que l’auteur est aussi important que l’œuvre. Quand on finance une oeuvre par une levée de fonds, on demande leur attention sur une œuvre. Mais le public peut désormais vous financer par patronage (vous touchez une somme collectée à chaque fois que vous publiez une œuvre, sans avoir de planning à respecter), ou par don occasionnel ou mensualisé. Ce genre de public vous donne la chose la plus précieuse au monde : Sa confiance. Sa confiance pour le surprendre.

Bâtir son modèle artistique sur le relationnel implique d’abandonner une logique de production en série. Elle implique une intimité entre vous, votre art, et la personne. Elle implique de proposer des pièces uniques, personnalisées, livrées au terme d’une phase d’échange. Fabriquer ses propres livres artisanaux, vendre des dessins originaux à la commande, livrer des scénarios inédits à un meneur qui a des besoins particuliers pour maîtriser le jeu de rôle qu’on a écrit.

On peut aller encore plus loin. Inviter les gens dans son art. Entre clips participatifs, flashmobs et œuvres communes. Accorder autant d’importance au lieu d’exposition qu’à la matière exposée. Être attentif aux idées que les joueurs amènent quand ils sont à votre table de jeu et les créditer pour leurs apports. Fabriquer un montage audio à partir de leur témoignages. Comprendre que ces personnes font autant preuve de créativité en recevant notre œuvre que nous en la concevant. Créer des sculptures ludiques, qui n’ont de sens que par l’interaction avec le public. Des arbres qui ont besoin des personnes pour les entendre tomber. Se confondre avec son art, transformant l’échange avec le public en réception de l’œuvre.

Ce sont peut-être de toutes petites choses. Prendre en photo vos lecteurs à une séance de dédicaces. Prêter attention à ce qu’ils ont à vous dire, à ce que votre œuvre à réveillé de leur expérience personnelle, et laisser cela infuser plus tard dans votre art. Accueillir leurs émotions. Reprendre leurs propres mots pour résumer votre œuvre.

Respecter leurs questions, leurs critiques, leurs envies.

Leur donner le pouvoir.

Ce n’est pas suivre leur cahier des charges.

C’est les traiter d’égal à égal.

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