Premier entré, premier sorti

Nouvelle résolution : on sort les choses dans l’ordre.

Depuis que je me suis lancé dans ma carrière d’auteur, aux alentours de 2008, j’ai concrétisé un certain nombres de projets, mais j’en aussi commencé beaucoup d’autres sans les finir (c’est-à-dire sans mettre un document pleinement exploitable dans mon catalogue d’impression à la demande, pour ce qui est des manuels de jeu de rôle). Et j’en ai assez.

Donc cela implique plusieurs choses :

+ Je donne la priorité au plus ancien. Quand je décide d’aboutir un projet, je choisis celui qui est le plus daté sur mon tableau de bord (toutes les entrées de mon tableau de bord mentionnent les dates de saisie). Quand je dois choisir une tâche sur mon tableau de bord, je fais la plus ancienne.

+ Je diffuse tôt, je diffuse souvent. Quand j’ai fini un texte, je diffuse le brouillon et dans la foulée, je fais une demande de relecture. Quand la relecture arrive, je ne m’attelle pas forcément sur les corrections aussitôt. Je reste en « premier entré, premier sorti » : s’il reste des tâches plus anciennes, je les fais de préférence aux corrections.

+ Objectif zéro « Un jour peut-être ». J’ai repassé en revue ma liste des tâches à faire « un jour peut-être ». J’en ai remises certaines en « action » (à faire dès que possible) et j’en ai annulé d’autres. Il n’y a pas de degré d’importance d’action : c’est à faire ou c’est annulé. Il n’y a pas de degré de retard : tout ce qui est à faire est en retard. C’est assez décomplexant. Je cesse de me dire que je suis en retard sur mes projets les plus récents et que je dois me dépêcher de les boucler pour satisfaire les personnes qui attendent un rendu. Car après tout, j’ai des projets bien plus anciens, des personnes qui attendent un rendu depuis des années. Mieux vaut commencer à satisfaire ces personnes-là, ou alors faire le deuil de les satisfaire jamais. Je réalise aussi que j’avais un certain nombre de projets dans mes « un jour peut-être » qui se résumaient à une bonne idée (et un vrai projet, c’est mille bonnes idées). Je les ai supprimés ou intégrés à un projet de plus grande envergure ou encore ramenés à des proportions moins ambitieuses (quelques projets de romans sont devenus des mini-scénarios de jeux de rôles). Il y avait aussi des tâches que d’autres m’avaient soufflées (comme contacter des radios locales) et que j’avais reportées car non prioritaires : je les ai désormais annulées car elles ne seront jamais prioritaires. Repasser les « un jour peut-être » en « action », c’est en quelque sorte s’engager à tenir toutes ses promesses, ou à vraiment dédire celles qui s’avèrent intenables.

+ Du tableau de bord d’actions vers le tableau de bord d’actus quotidiennes. Un certain nombre de mes mini-projets ont été basculés dans le tableau de bord d’actus quotidiennes. Comme je gère mes actus quotidiennes en priorisant les plus anciennes, je me suis ainsi contraint à diffuser des petits projets au fur et à mesure. C’est ainsi qu’est sorti le jeu de rôle La conscience du fer-blanc, qui sinon serait resté une ligne de note en attente d’être étoffé. J’ai finalement publié ma ligne de notes en l’étoffant à peine, c’est vraiment un mini-jeu, mais j’ai réalisé que je refusais de consacrer plus de créativité sur ce jeu, et que je voulais quand même le sortir. Sortir cette ébauche, qui promet une ou deux parties intéressantes à un public un tant soit peu expérimenté, était le compromis idéal entre abandonner et étoffer.

+ Objectif zéro nouveau projet. J’ai une liste fermée de jeux à terminer. Je m’interdis de réfléchir à de nouveaux jeux quand tous les jeux de cette liste n’auront pas été diffusés ou abandonnés. Je m’autorise quelques nouveaux projets (podcasts, collaborations artistiques) uniquement si quelqu’un vient me solliciter et qu’ils rentrent dans certains critères : je me sens compétent à y contribuer sans faire de recherches excessives, ça rentre dans mes centres d’intérêts principaux, j’arrive à fusionner avec mes propres projets, je peux mettre ça en en valeur par un placement dans le domaine public).

+ Objectif zéro prise de notes. Le préliminaire à s’interdire tout nouveau projet, c’est de filtrer davantage les idées. J’avais pris pour habitude de noter toutes mes idées, et résultat des courses, j’ai toujours 2600 entrées sur mon tableau de bord. Donc je ne note plus que les idées qui alimentent mes projets en cours, je cesse d’en prendre concernant de potentiels nouveaux projets. Mais à terme, je devrais aussi alléger mes projets en cours en cessant de prendre en notes mes nouvelles idées à leur sujet. La plupart de mes projets en cours bénéficient déjà d’une abondante prise de notes, si bien que certains (Arbre, Marchebranche) ont déjà un tableau de bord de rédaction très complet. C’est une bonne chose car je n’aurai qu’à me laisser guider quand il faudra les rédiger, c’est aussi un problème car les projets ne cessent d’enfler jusqu’à devenir monstrueux.

+ Je ressors les tâches domestiques de mon tableau de bord. La plupart des tâches domestiques, hormis celles qui sont quotidiennes, je les effectue le soir ou le week-end, hors mon ordinateur est éteint à ces moments-là. Alors je cesse d’encombrer mon tableau de bord avec ces tâches. Elles restent dans mon téléphone (sur un bloc notes dédié ou dans l’agenda quand elles sont déclenchées par une alarme).

+ Objectif zéro nouvelle entrée dans le tableau de bord. J’automatise mon programme de la journée, j’arrête de faire enfler mes projets actuels qui pour la plupart ont déjà atteint le volume de notes nécessaire pour passer à l’étape de finition, j’arrête de rajouter de nouveaux projets.

+ Objectif zéro créativité. Cette résolution peut paraître à contre-courant de tout ce que je professe, et mérite que je l’explicite. Je m’engage à limiter l’emploi de ma créativité pour concevoir de nouveaux projets ou en étoffer d’anciens. Ma créativité, je l’utilise désormais soit pour optimiser ma gestion du temps, soit pour augmenter la qualité et la rapidité des finitions sur les anciens projets. J’arrête de l’investir dans l’augmentation d’un cahier des charges de projets qui deviendrait un tonneau des Danaïdes.

+ A terme, cette démarche est un chemin vers l’objectif zéro, qui consiste à n’avoir aucune tâche prévue à l’avance. On y parvient en grignotant le tableau de bord par les deux bouts : en effectuant ou en annulant toutes les tâches anciennes, et en cessant d’en ajouter de nouvelles.

Toutes ces résolutions restent à prendre avec des pincettes parce que je les ai prises assez récemment, il est encore trop tôt pour faire un bilan de la mise en pratique. Mais, la première chose qu’on peut conclure, c’est que l’approche : « premier entré, premier sorti », permet de prendre conscience de l’ampleur des engagements pris vis-à-vis de soi-même et des autres.

C’est un premier pas pour réaliser qu’il sera impossible de tout faire.

Il faut faire des choix, et choisir le plus important.

4 réflexions au sujet de « Premier entré, premier sorti »

  1. Bravo ! je vois que ton combat ordinaire pour une meilleure organisation continue.
    C’est toujours aussi intéressant de te lire.
    Bon courage avec ces nouvelles résolutions

  2. Salut,

    Merci pour cet article !

    Pour ma part, je n’ai aucun problème à ne pas finir certains projets. Quand ça ne vient pas, ça reste en plan, jusqu’à ce que ça vienne. Et si ça ne vient jamais, tant pis. Beaucoup de mes anciens projets ont pour intérêt principal non pas leur concrétisation, mais plutôt le chemin qu’ils m’ont permis de parcourir et les projets plus intéressants, plus ambitieux, plus novateurs (sous l’angle purement subjectif qui est le mien) qu’ils m’ont permis de concevoir.

    Je ne m’interdis pas de créer de nouvelles idées, parce que les bonnes idées ne me viennent pas tout le temps. Des fois, ça vient, et si je ne le note pas, je m’en mords les doigts quand j’en ai besoin, quelques mois plus tard.

    Par contre, je priorise, et là nos méthodes se rejoignent en partie. Ta priorisation se fait dans l’ordre du plus ancien. Ma priorisation se fait en fonction de deux critères :
    – Le potentiel économique que reflète une oeuvre (parce que mon objectif est de vivre de ma créativité)
    – L’intérêt que je lui porte, cet intérêt est lui-même dépendant de nombreux facteurs.

    Une fois que j’ai défini un ordre de priorités, je me force à ne pas le remettre en question. Ou plutôt, la remise en question éventuelle de cet ordre de priorités doit être le fruit d’une réflexion consciente et poussée, étalée sur plus d’une semaine : je m’interdis les coups de tête. Ca m’évite de papillonner entre 25 projets différents et ça me permet d’avancer concrètement vers un aboutissement des projets que j’ai priorisés.

    A l’heure actuelle, ma priorité n°1 est mon jeu de société pédagogique sur l’archéologie, puisque c’est ce projet qui me fera vivre et me permettra de poursuivre la création à temps plein. Ma priorité n°2 est Supertension, un jeu narratif qui n’attire pas l’intérêt dans sa version bêta, mais dont je pense qu’il sort des sentiers battus et qu’il permettra de donner du plaisir à une certaine catégorie de joueurs. Ma priorité n°3 est Expedius, un jeu de rôle clé-en-main conçu pour découvrir le jeu de rôle, et que je souhaite le plus minimaliste possible et le plus facile de prise en main possible.

    Je m’autorise à traiter ces 3 priorités à la fois : 80% de mon temps va à ma priorité n°1 et je répartis les 15% qui restent entre mes priorités n°2 et n°3. Les 5% qui n’y sont pas me servent à noter des idées.

    De mon expérience, si je ne me focalise pas à 80% sur un projet unique, et si je ne restreins pas ma liste de priorités à 3 projets, je me disperse et je n’avance pas.

    • Qu’il est doux le temps où je n’avais que trois projets prioritaires 🙂 Merci à toi Brisecous pour nous avoir développé ta propre méthode !

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