Pourquoi notre chef-d’oeuvre reste dans un tiroir

On a tous un chef d’œuvre dans un tiroir.

Qui ce grand roman, qui cette peinture épique, qui ce film à couper le souffle, qui ce jeu de rôle innovant, qui cette audacieuse broderie.

Moi le premier, nous avons un tas de bonnes raisons pour ne pas nous atteler à ce grand projet.

Nous avons déjà un tas de projets sur le feu, plus faciles, plus immédiats, moins exigeants.

Nous n’avons pas encore l’expertise nécessaire pour démarrer.

Nous devons d’abord faire des recherches, nous devons consulter un autre artiste, nous devons demander telle ou telle autorisation ou bénédiction.

Nous nous amusons sur nos projets de moindre ambition, nous craignons que ce grand chef d’œuvre soit nettement moins distrayant à réaliser.

Nous n’avons pas le temps.

Nous nous sommes fixé la barre à une hauteur impossible à sauter.

Nous ne sommes plus si sûrs que ce projet de chef d’œuvre soit si original que prévu ou puisse intéresser quelqu’un.

Nous ne savons pas si nous aurons quelque chair à ajouter autour de notre géniale idée de départ.

Nous avons peur que ce chef d’œuvre ne nous rende pas si heureux que ça une fois terminé, qu’il ne change pas notre vie.

Nous savons pourtant que nous avons ce chef d’œuvre qui dort dans un tiroir, un simple idée en tête, une ligne « un jour peut-être  » sur un tableau de bord, un croquis sur une serviette, un brouillon d’une trentaine de pages, une maquette en carton.

Pourquoi savons-nous que ce sera un chef d’œuvre ? Qu’a-t-il de plus que tous les projets excitants que nous entreprenons déjà ? Va-t-il changer notre vie ? Va-t-il nous sortir de notre zone de confort et nous ouvrir au monde ? Va-t-il ajouter de la valeur à notre vie, à celle des autres ? Va-t-il nous donner une leçon ? Va-t-il nous faire nous sentir vivants ?

Il est possible que nos projets en cours remplissent déjà ce cahier des charges. Il est possible que pas tout à fait. Nous ne commençons pas notre chef d’œuvre parce qu’au contraire de nos projets en cours, celui-ci porte toutes ses promesses. Nous savons très bien reconnaître les chefs d’œuvre parce que nous en avons déjà faits et parce que nous en avons déjà enterrés dans un tiroir. Nous nous rappelons surtout que nous avons passé mille fois plus de temps à ne pas regarder ce tiroir qu’il n’en aurait été nécessaire pour mener ce chef d’œuvre à bien.

La solution est toute simple, nous la connaissons tous. Un simple geste, une seule minute.

Asseyons-nous, fermons les yeux, respirons. Coupons le téléphone, éteignons la musique, éteignons internet, ne serait-ce qu’une minute.

Et ouvrons le tiroir.

 

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