Pour qui écris-je ?

Un article invité par Jelino 

 

« Tu ne dois pas chercher à te faire plaisir », ainsi commence l’introduction du billet de Thomas sur son roman La Guerre en Silence. Évidemment, cette phrase n’a aucun sens dans l’écriture.
Par contre, je ne conçois pas la création comme un plaisir individuel. Pour ma part, j’ai toujours en tête le lecteur. Je l’imagine lire ma création et y réagir. Je ne conçois pas mon écriture de jeu de rôle comme un plaisir en soi, la création pour elle-même contre vent et marées. Le plaisir n’est pas d’aligner des mots qui font sens à mon imaginaire mais le plaisir d’imaginer le lecteur lisant mes lignes : choqué, amusé, intrigué… Je m’amuse à cela comme un farceur rit à l’avance d’une de ses facéties.
Evidemment, c’est le plaisir du public, en plus grand nombre parfois, que je recherche. Je vais donc évidemment aussi lui faire des concessions, lui donner ce qu’il va aimer, ce qu’il attend peut-être. Il acceptera alors mieux ce qui est essentiel à mes yeux et que je ne vais pas gommer. Est-ce être mainstream ? Je n’en sais rien mais une chose est sûre, c’est toujours mon imaginaire qui parle, l’œuvre parlera toujours de moi. Il ne peut en être autrement car j’en suis l’auteur.
La création, c’est un peu comme une partie de jeu de rôle : on doit amener les joueurs à la table et on doit leur faire plaisir. Mais le jeu n’aura jamais la même saveur selon le MJ surtout, mais également les joueurs. Tout le monde amène sa patte à la création. Lorsque j’écris, j’imagine les lecteurs et je les laisse « jouer ». Le public imaginaire apporte également sa pierre à l’édifice de Romance érotique, Billet Rouge, mes aides de jeu du Souffre-Jour ou une murder party écrite pour des amis. Des publics bien différents, ma foi.

Les autres sont un moteur pour moi et je ne veux pas construire ma propre culture. Je veux que ma vision influence celle des autres et, pour cela, l’égoïsme ne peut avoir sa place. J’accepte volontiers que la culture des autres influence la mienne. Romance érotique est sans doute l’OVNI du jeu de rôle 2012 mais cela ne m’a pas empêché de chercher à faire des concessions. J’ai créé le jeu pour moi mais je l’ai écrit pour les autres. J’ai fait des concessions pour toucher un public plus large, car il m’importe que mon jeu ait le plus grand impact possible. Je ne l’ai pas fait à contrecœur, bien au contraire.

D’ailleurs, l’essentiel de ma création n’est pas individuelle mais collective. Je n’ai jamais eu tant de plaisir à la création que lorsque nous travaillions tous ensemble avec les auteurs du Souffre-Jour. Il faut aussi jouer à ses jeux pour perfectionner le système et surtout il faut écouter l’avis des joueurs. A plusieurs, on est toujours plus fort et plus efficace. Pour cela, il faut accepter que son œuvre soit modifiée, dénaturée certains diront. Ce n’est pas le cas lorsque l’on sait ce qui n’est pas négociable. Un éditeur qui le comprend est une bénédiction, sinon l’édition indépendante s’offre à vous.
L’écriture est bien entendu affaire de plaisir. Mais à mes yeux, il ne faut pas choisir entre « Je ne dois pas chercher à me faire plaisir » ou « Je ne dois pas chercher à leur faire plaisir. » Il faut concilier les deux.
« On doit chercher à faire plaisir. »

Jelino : Auteur de jeu de rôle à mes heures perdues, j’ai à mon actif plusieurs créations collectives (Souffre-Jour 4 à 6, Billet Rouge, Abyme Aventures dans la Cité des Ombres) et j’ai participé de manière logistique à d’autres œuvres, essentiellement issues du collectif ForgeSonges. J’ai passablement roulé ma bosse ces dernières années dans le petit monde du jeu de rôle pour lequel j’ai notamment organisé plusieurs concours de création Les Démiurges en Herbe. J’ai également quelques créations personnelles dont Romance Érotique est la plus aboutie.

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