Peut-on être non-créatif ?

Impossible d’être absolument non-créatif. Ce serait se condamner à mourir, d’une sorte de léthargie totale. Ce n’est ni un suicide, qui est une créativité exercée sur le corps, ni l’état de nirvana, de pleine conscience, qui est une créativité exercée sur l’esprit.

Il est possible d’être peu créatif. De limiter le plus possible sa créativité : interrompre les cycles de créativité, s’exprimer au minimum, ou d’accomplir les quatre étapes en minimisant sa forme d’expression.

Par commodité, c’est cet état de créativité ultra-réduite que j’appellerai la non-créativité.

La personne créative s’exprime, la personne non-créative commente. Elle murmure.

Il n’existe aucun seuil qui dise à partir de quel moment on est non-créatif. On le sent en soi. On ressent un manque. C’est un seuil intérieur, variable pour chaque individu. En ce qui me concerne, c’est pendant mes deux périodes de chômage que je me suis considéré comme non-créatif.

On nait créatif, on devient non-créatif.

La créativité est une pulsion de vie, la non-créativité une pulsion de mort.

Devenir non-créatif, c’est un choix. Parce que nous nous estimons indignes d’être créatifs, parce que nous obéissons à notre entourage quand il nous interdit d’être créatif, parce que nous croyons nos créations néfastes pour nous ou les autres.

Il arrive que les autres veuillent nous empêcher d’être créatifs. Mais c’est très compliqué sans notre coopération. Les champs de la créativité sont bien trop larges. Si on enferme une personne dans une pièce blanche sans meuble et sans aucun matériau, elle pourra toujours ressentir des choses. Les infimes fissures de sa cellule, la nourriture qu’on lui apporte, ses propres pensées, son propre corps. Et pour s’exprimer, en l’absence de tout matériau, il lui restera toujours sa voix, son corps et son esprit.

La privation de liberté est même parfois un moteur de créativité. On s’évade par le corps ou par l’esprit. On témoigne, aussi.
Alors qu’il était victime de la déportation et sans matériel pour écrire, Alexandre Soljenitsyne a composé les mille pages de L’Archipel du Goulag… dans son propre esprit, se les ressassant chaque jour en forme versifiée dans l’attente du jour où il pourrait coucher son témoignage sur le papier.

Pour empêcher une personne d’écrire, il faut aller plus loin que de la priver de papier.

Plutôt que de nous priver de liberté physique ou de matériel, on peut aussi tenter de tuer notre créativité. En censurant, en nous disant quoi voir et quoi penser, en appauvrissant notre langage et notre culture, en punissant toute pensée contraire à la norme.

Mais là encore, les champs de la créativité sont bien trop larges. Il est possible de supprimer des champs entiers de la créativité, mais jamais la créativité dans son ensemble. La seule façon de supprimer toute la créativité d’une personne sans son consentement, c’est de la tuer ou de la plonger dans le coma.

Hormis ces cas extrêmes, lorsqu’on est non-créatif, c’est avant tout par notre propre volonté.

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