L’inspiration est partout

Parmi les artistes que j’ai pu côtoyer, certains déploraient leur manque d’inspiration. Ce n’était pas le talent qui leur manquait mais les idées. Pour ma part, si j’ai noté assez d’idées pour écrire pendant des années, je bute encore sur certains projets avec une trame générale qui manque de chair. Cela m’empêche d’écrire du roman à un bon rythme.

Je suis versé dans les mondes imaginaires et je peux avoir tendance à vouloir tout inventer. Mais bâtir tout un monde cohérent ex nihilo demande de grands efforts. C’est ce que j’entreprends sur Millevaux. Mais je le fais par étapes, sur plusieurs livres, et je ne souhaite pas cumuler l’exercice avec d’autres univers. J’ai d’ailleurs pris conscience que l’intérêt d’un univers de fiction est moins dans son ampleur que dans ses détails.

Pour mes autres travaux, je réduis certains blocages d’écriture en m’inspirant du quotidien pour imaginer ces fameux détails.
Je ne parle pas de s’inspirer des actualités ou de faits divers, je parle de mon propre quotidien. C’est facile de concevoir une trame générale qui claque, ça l’est moins de la rendre crédible à chaque détail, à chaque scène. Si ça n’est pas crédible pour moi, ça ne le sera pas pour le lecteur. Comme base de travail pour la crédibilité, je n’ai rien de mieux que mon propre quotidien.

Si j’entends une anecdote qui me plait, je la reformule sous la forme d’une idée, d’un concept ou d’une scène que je note aussitôt. Quand je fais une description, j’insère des éléments de mon décor habituel, de mes souvenirs. Mes dialogues ont le goût de phrases que j’ai déjà entendues.

Je travaille dans l’agriculture. Pourtant, je n’avais jamais exploité ce sujet avant la nouvelle Le Chevalier de Paille. J’ai alors été surpris de constater à quel point les descriptions étaient dynamiques. Elles portaient la marque du vécu. Pourtant, Le Chevalier de Paille n’a rien d’un récit du quotidien ! C’est une nouvelle de science-fiction folklorique avec de la high-tech, de la sorcellerie et du merveilleux.

Puiser dans son quotidien pour nourrir son écriture permet de réenchanter à la fois son quotidien et son écriture.
Dans mon roman en cours, je développe des paradigmes surnaturels assez poussés, je situe l’action dans des régions que je n’ai jamais visitées : le Cambodge, la Mongolie… et même Saint-Denis. Mais j’arrive à aligner une page après l’autre sans avoir encore fait de biblio. Car ce que je décris vient de mon quotidien. La demeure d’un des héros est inspirée de l’atelier du sculpteur Etienne-Martin, de la maison d’un ami, et enfin de la maison de mon père et de celles de mes grands-parents. Un autre lieu du roman est une maison de retraite. Je m’inspire là de mes propres visites de maison, et des récits de ma sœur qui travaille dans un de ces établissements.

Maintenant, je sais qu’un détail récupéré de mon quotidien est plus crédible qu’un détail inventé de toutes pièces ou élaboré à partir de recherches. Je suis alors plus assuré dans mon écriture. Je n’ai plus qu’à régurgiter ce que je connais déjà. C’est plus facile avec l’expérience, ma banque de souvenirs allant grandissant. Je pense cependant que c’est applicable à tout âge. C’est une méthode utile pour noircir des pages blanches, qu’on écrive des autofictions ou des fictions futuristes.

On le fait souvent de façon inconsciente. Mon roman La Guerre en Silence a beau être un thriller dans une ville imaginaire, il est truffé de détails tirés de ma propre expérience. Conscientiser cette technique permet d’être plus efficace encore dans la production d’une fiction vivante et crédible.

Qu’on le veuille ou non, nôtre rôle d’auteur est de commenter la réalité. Le simple fait de trouver matière à commenter rend passionnante chaque heure perdue, du côté de chez Swann ou n’importe où ailleurs.

3 réflexions au sujet de « L’inspiration est partout »

  1. Je trouve toujours quelque chose dans tes articles qui résonne avec les blocages que j’ai à ce moment précis.
    Je ne compte plus ceux qui m’ont déjà aidé à aborder moins douloureusement mes ambitions d’écriture.
    N’envisagerais-tu pas d’extraire de tes articles un ouvrage de conseils pour créateurs ? ^^

    • Déjà merci beaucoup pour ces propos encourageants. Si je peux aider quelqu’un (en plus de moi-même), c’est tout l’intérêt de ce blog. J’ai effectivement envisagé un ouvrage, mais ça ne fait pas partie de mes priorités. Pour l’instant, je trouve que le format blog reste satisfaisant. Nous verrons !

  2. Ping : Créer moins pour créer mieux | Outsider

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