L’inné et l’acquis

S’exprimer librement, c’est pratiquer l’activité créatrice de son choix. Que se passe-t-il quand notre condition semble nous interdire l’accès à l’activité qui fait l’objet de notre vocation ?

Cette question ne se pose que si l’on considère nôtre potentiel comme un frein à la créativité. De par leur naissance, leur physique, leur mental, leurs ressources, certaines personnes auraient un bon potentiel pour telle activité, d’autres non. Ces dernières devraient-elles s’abstenir pour autant de pratiquer l’activité qu’elles désirent ? Non.

Une activité est ce que nous en faisons. Si des personnes différentes (entendre des personnes considérées comme ayant un faible potentiel pour cette activité) se consacrent à cette activité, alors la pratique s’adaptera.

S’il y avait plus personne avec une force motrice réduite dans le secteur du bâtiment, les techniques de construction seraient simplement différentes. On utiliserait plus de machines, on penserait autrement le travail pour qu’il nécessite moins d’efforts. Le visage de la profession serait différent parce que ces personnes que rien ne semblait prédisposer au bâtiment vont utiliser leur créativité pour transformer le métier, pour l’adapter à leur condition.

Doit-on interdire à un non-voyant de pratiquer la peinture ? Bien sûr que non. Un peintre sans usage de la vue peut très bien s’épanouir en appliquant des pigments sur une toile. Et ces toiles peuvent tout à fait revêtir un intérêt pour un public. Il est même à parier que sa cécité conférera une tonalité unique à sa toile, un sens de la texture et un hasard des couleurs.

Citons au passage Monet, qui continua à peindre des toiles magnifiques jusqu’à la fin de sa vie alors qu’il perdait peu à peu la vue. Citons Beethoven qui perdit progressivement l’ouïe sans pour autant s’arrêter de composer !

L’intérêt de la créativité est double : s’épanouir en s’exprimant et toucher au moins une personne (cette personne peut être le créatif lui-même) : la qualité n’a rien à voir là-dedans. La qualité est une notion subjective et ne prédit en rien le bonheur du créatif, ou de son public.

Ainsi libéré de l’exigence de qualité, pourquoi nous interdire de pratiquer une activité sous prétexte de l’absence du « bon » potentiel en nous ?

Un enfant avec une trisomie doit-il s’interdire de créer des problèmes mathématiques sous prétexte que son intellect manque de dispositions à l’abstraction ?

La boussole pour choisir son activité créatrice, ce sont nos valeurs, nos goûts, notre envie d’apprendre, notre envie de faire. Et non nos capacités innées.

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