L’imposture du potentiel

Un article invité par Cerambyx Cerdo

Je me sens imposteur.

Je n’ai pas réussi à faire taire les fantômes intérieurs des œuvres en souffrance, et, obsédé par l’envie de créer sans avoir de travail produit à contempler, je me sens lâche et honteux ; juste un lambda frustré et malheureux de ne pouvoir creuser de pont entre la créativité rentrée bouillonnante et l’oeuvre concrète accomplie.

Récemment, cependant, j’ai réuni au hasard d’un déménagement des piles de carnets entamés, arrêtés et repris au fil des ans. J’ai parcouru un peu incrédule tous ces textes, toutes ces ébauches de projets, et me suis senti un peu en paix :
“En fait j’écris, finalement”.

Certains textes sont absurdes, des projets de jeux de rôles hermétiques, hallucinés et intimistes. Des pages et des pages sur la déesse de la Fortune, qui, enfermée dans une tour au centre d’un Paris aux limites infinies modèle la réalité par ses hurlements déments.

Certains textes sont intéressants, des idées de jeux vidéos centrés sur des gameplays émergents où le joueur incarne une entité propageant des émotions à une foule dont le mouvement évoque la physique de l’eau.

Certains textes sont touchants, composés de quelques lignes écrites à fleur de peau. Des moments de trop plein où écrire était la seule chose à faire avant d’imploser.

Certains textes sont passionnants, quelques mots évoquant des infinités de possibles. Moins ces écrits sont complets, plus ils me plaisent.

J’ai relu ces textes en ayant la sensation que tous étaient comme des tentatives pour forcer une porte de béton.

Je suis heureux d’avoir continué d’essayer de créer. Quelles qu’aient pu être les déceptions devant mon manque d’implication au quotidien, j’ai persisté.

Timidement, certes. Par touches rageuses et maladroites indéniablement ; mais j’ai entretenu l’étincelle à défaut de pouvoir alimenter la flamme.

Aujourd’hui, il est temps à nouveau pour moi de s’essayer à la pyromanie créatrice alors qu’internet ouvre une fenêtre sur une nuit où clignotent des milliers d’étincelles.

Certaines sont devenues de si grands brasiers qu’il est difficile de ne pas y puiser le courage de recommencer à bricoler des allumettes.

Merci à vous tous, car chacune de vos tentatives individuelles pour enfoncer la Porte rappelle que l’image de créateur productif et reconnu qu’on aimerait avoir de soi ne vaut rien face au moindre des mots écrit avec sincérité.

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