L’expérience

De quelle expérience disposons-nous pour créer ?

De toutes les scènes que nous avons vues, les sons que nous avons entendus, les choses que nous avons touchées, les odeurs que nous avons senties, les aliments que nous avons goûtés.

Nous pouvons aussi y inclure toutes les créations que nous avons faites, les conversations que nous avons eues, les livres que nous avons lus, les films que nous avons visionnés, les séances de jeu de rôle auxquelles nous avons joué, les peintures que nous avons admirées, les machines que nous avons testées, les coups que nous avons reçus, les blessures, les maladies, les peines et les joies, toute la gamme des émotions humaines, nos amours, nos déceptions, nos croyances, nos erreurs, nos convictions, nos doutes.

Même ce que nous avons oublié fait partie de notre expérience, car il nous en reste un écho dans nos pensées, dormant ou transformé.

De quelle expérience disposons-nous pour créer ? D’une vie entière.

Nous pourrions penser que si nous créons dans un domaine précis, seule notre expérience dans ce domaine nous est utile. Pourtant, quand l’architecte Antoni Gaudí invente une nouvelle façon de concevoir les piliers et les voûtes pour la Basilique de la Sagrada Familia, il s’inspire… de l’arbre dans son jardin.

Ne mobiliser que son expérience dans un domaine pour créer dans le même domaine, c’est à coup sûr s’empêcher de créer. La créativité, c’est mobiliser toute l’expérience de sa vie pour faire une œuvre dans un domaine précis. Aucune innovation n’est possible si les choses restent confinées. Si l’on additionne toujours 2 et 2, on obtient toujours 4. Il faut aller chercher le chiffre 3 ailleurs pour créer quelque chose, pour obtenir 5 au lieu de 4. Ou d’inventer des dimensions mathématiques où 2 et 2 ne font plus 4, ou pas toujours.

De surcroît, votre raison cloisonne les choses mais votre cœur ne saurait le faire. Notre créativité mobilise le champ entier de votre expérience, que nous le voulions ou non.

La contraindre à un champ précis ne se fait qu’au prix d’un effort de volonté, qui la réduit à néant. Penser qu’on puisse sélectionner un domaine précis de son expérience pour l’appliquer à la création dans le même domaine, c’est être non-créatif.

Penser que pour créer, nous disposons de l’expérience de notre vie entière, penser que même les éléments les plus modestes de notre mémoire et de notre vécu immédiat peuvent conduire à des créations, est une excellente nouvelle. C’est penser que les amateurs peuvent surclasser les spécialistes. Les amateurs n’ont pas seulement un regard nouveau, ils ont un regard totalisant, un regard qui n’est arrêté par aucune règle, par aucune cloison arbitraire.

Quand une personne conçoit une prothèse de main low-cost avec une imprimante 3D, un amateur surclasse un spécialiste.

Penser que le champ entier de notre expérience peut nous servir à créer, c’est nous autoriser à créer dans n’importe quel domaine. C’est affirmer une de nos libertés fondamentales d’être humain : la liberté de transformer le monde.

Une réflexion au sujet de « L’expérience »

  1. Ping : Le bronze et le mandala | Outsider

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *