Lettre ouverte à tous les vents

Cet article est une réponse au mail d’un lecteur de La Guerre en Silence.

Cher lecteur,

Si je réponds publiquement à ton courrier, c’est parce que ma réponse peut intéresser tous ceux qui me suivent.
Tu as lu deux de mes publications. Le recueil de nouvelles Glossôs et le roman La Guerre en Silence. Tu as eu la bienveillance de me faire un retour de lecture pour les deux. Je t’en remercie encore.

Si ton avis sur Glossôs était encourageant, ton avis sur La Guerre en Silence était plutôt négatif.

Cela m’a intéressé et fait réfléchir. Tu sais que mon expérience de publication est très jeune. Tu fais partie des premiers qui m’ont fait assez confiance pour me suivre. J’ai eu encore assez peu de retours de lecture. Ton retour sur La Guerre en Silence est en réalité ma première critique négative. Je n’ai pas appris à gérer ça. J’ai d’ailleurs tardé à te répondre. Je ne savais pas quoi te dire et comment te le dire.

Tu aurais apprécié que La Guerre en Silence donne plus de clefs de compréhension au lecteur. Certains détails de l’intrigue te semblaient incohérents, des liens entre certains personnages restaient non élucidés, des personnages prenaient des décisions irrationnelles.

Je ne te donne pas tort. Cette confusion était volontaire de ma part. La Guerre en Silence est un hommage à Kafka et au film Brazil de Terry Gilliam. Les choses et les évènements y sont souvent illogiques, beaucoup de questions restent sans réponse. La Guerre en Silence n’est pas un thriller, c’est un roman absurde déguisé en thriller.

Tu me demandes si le héros, Nathan Bancroft, ne serait pas un idiot. Je pense depuis Dostoïevski que les idiots peuvent être de légitimes héros de roman.

Tu t’étonnes que les protagonistes soient victimes d’un système aliénant sans prendre les décisions les plus sages pour s’en sortir. De tels systèmes ne prennent-ils pas forme parce que les gens qui les composent ne prennent pas les décisions les plus sages pour s’en sortir ?

Toutes tes remarques sont légitimes. Si tu les avais faites à la suite d’une relecture avant publication, j’en aurais tenu compte. Si j’avais écris ce roman cette année et non il y a six ans, il aurait été tout autre. Peut-être même ne l’aurais-je pas écrit. Aujourd’hui, La Guerre en Silence est publié et je ne le réécrirai pas. Je veux en respecter l’intention initiale, celle d’un roman absurde qui ne donne pas toutes les clefs de compréhension au lecteur. Celle d’un roman outsider qui outrepasse naïvement les lois du récit et de la compréhension.

Tu m’en apprends moins sur l’écriture que sur mon rôle d’auteur. Mon rôle auprès de toi, mon lecteur. T’ai-je vraiment bien annoncé l’intention du roman ? Était-ce de mon devoir de le faire ? Faut-il annoncer l’absurde ? Comment puis-je te rendre service ? En annonçant la couleur ou en te laissant la surprise ? A quel point dois-je respecter les intentions que j’ai fixées pour des textes écrits il y a des années ? Je n’ai pas de réponse encore.

Tu sais, ton courrier me rend service. Je regrette de t’avoir fait passé un mauvais moment. Je te suis reconnaissant d’être allé jusqu’au bout, de ce livre, de ce retour. Tu as pris la peine de me soutenir en achetant mes livres plutôt que de te contenter des versions gratuites. La Guerre en Silence parle de confiance. Tu as accepté que je joue avec ta confiance. Tu m’as sans doute plus offert que moi je t’ai offert.

Je le répète, tes regrets sont légitimes. A tout dire, en tant que lecteur, tu as toujours raison. Ton ressenti est forcément juste. Mon rôle d’auteur est de prendre en compte tes demandes sans trahir ma vision. Fut-elle une vision excluante, singulière, irrationnelle.

Je vais te faire une proposition. Je ne peux pas te rendre le temps que tu as perdu avec un livre qui ne t’a pas pas comblé. Je ne peux pas m’en excuser non plus car je ne peux pas m’excuser de ma vision. Je peux en revanche t’offrir un autre de mes livres, en l’occurrence le pdf de Musiques Sombres pour Jeux de Rôles Sombres. Mes amis m’ont déconseillé de le faire. Mais je fais souvent des choses qui paraissent insensées. J’espère que j’aurai l’occasion de te faire passer d’autres agréables moments.

Et sinon, je serai heureux de croiser à nouveau le fer avec toi.

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