L’essentiel

C’est une chose que de vivre dans le présent. Ça n’empêche pas de se fixer, sinon des objectifs, du moins une ligne directrice.

Au départ, je cherchais à faire tout ce qui était sur ma liste d’actions. C’était extrêmement frustrant parce que ça n’avançait jamais aussi vite que j’aurais voulu. J’ai fini par comprendre qu’il fallait faire le tri.

Ceci en grande partie grâce à la matrice de gestion du temps de Stephen Covey. Il part du principe que ce que nous faisons se sépare en quatre catégories : ce qui est important et urgent (I), ce qui est important et peu urgent (II), ce qui est peu important et urgent (II), ce qui est peu important et peu urgent (IV).

L’idée est la suivante. Si l’on souhaite être efficace sans effort superflu et en restant centré sur ses principes, on a intérêt à éliminer tout ce qui est peu important et ensuite d’éliminer ce qui est urgent. En quelque sorte, l’efficacité ne consiste pas à en faire beaucoup mais à voir tout ce qu’on peut arrêter de faire.

C’est sur ce principe que j’ai arrêté de regarder des DVD seul ou de jouer à des jeux vidéos (peu important, peu urgent), que j’ai limité le volume des sites internet que je consulte (peu important, urgent). Si j’ai accumulé les petites collaborations cette année, qui sont également peu importantes et urgentes, telles que rédiger des articles, répondre sur des forums, je m’interroge également pour les limiter. Il est probable que je répondrai aux sollicitations sans de mon côté solliciter de nouveaux interlocuteurs comme je l’ai fait cette année. Pour limiter ce qui est important et urgent, j’essaye pour la saison 2 d’Outsider de m’imposer le moins de deadlines possible.

Je concède volontiers n’être pas encore tout à fait parvenu à me limiter aux actions de type II. C’est l’affaire de toute une vie, car ces catégories évoluent tant que nos rôles et nos missions évolulent.

En attendant, j’ai toujours sur ma liste d’actions des actions de type II… et des autres.

Au départ, j’ai coché certaines actions de la liste comme « prioritaires ». Ensuite, j’ai eu un système très sophistiqué pour classer les priorités, selon une autre matrice proposée par Covey. J’avais aussi une méthode de tri, qui consistait chaque semaine à annuler une action, reporter une action, déléguer une action, simplifier une action.

Tout cela est est terminé parce que j’étais trop angoissé à chaque fois que je faisais quelque chose qui n’était pas signalé comme prioritaire. Et ces priorités étaient très rapidement rendues obsolètes par de nouveaux projets qui voyaient le jour.

Leo Babauta, dans son blog Zen Habits, propose de se fixer chaque matin trois actions importantes à faire. C’est une simplification des méthodes de Covey qui fonctionne bien. J’ai essayé, on ressent un grand soulagement quand ces trois actions importantes sont terminées. Et une angoisse proportionnelle tant qu’elles ne sont pas terminées. Et une déception proportionnelle si elles ne sont pas terminées dans la journée.

J’ai aussi délaissé cette méthode. Actuellement, je consacre les trois premiers jours de la semaine (au minimum) sur ce qui me paraît important et peu urgent : La rédaction de mes livres. C’est très gratifiant. Il n’est pas rare que je prolonge sur un jour ou deux quand je suis suffisamment grisé par ce que j’ai accompli.

Opérer une gestion du temps du cadre II, surtout si on le couple à la méthode GTD, est une incroyable façon de doper sa productivité. Vraiment. Vous pouvez déplacer des montagnes. Avec un seul petit doigt.

Mais ça n’a strictement aucun sens si vous n’avez pas bien défini ce qui était important pour vous.

Et si vous commettez l’erreur de limiter ce qui est important à votre carrière ou à une petite fraction de votre carrière, vous serez très efficace (dans ces domaines précis) mais jamais vous ne serez heureux. Vous ne serez pas heureux car il vous sera douloureux de consacrer du temps à vos proches, parce que vous ne supporterez pas d’être interrompus, parce que vous ne supporterez pas qu’on vous sollicite sur des projets qui ne sont pas dans votre liste des choses importantes, parce que vous supporterez pas d’être bloqué à un endroit ou un autre et devoir attendre avant de travailler.

Je veux me limiter à l’essentiel mais je m’interroge en permanence sur ce qui est l’essentiel. Consacrer du temps à ses proches, avoir des moments sociaux, aider les autres et contempler le monde font partie de l’essentiel parce que c’est exactement ce qui nous rend heureux. Les écarter de notre définition de l’essentiel, c’est se condamner à l’insatisfaction.

Une fois que ceci est intégré, chaque journée est réussie. Parce que soit je fais ce qui est sur ma liste qui ne comprend que des choses importantes, soit je passe du temps avec mes proches, soit j’aide les autres, soit je contemple le monde. Quelque soit les imprévus, je me consacre toujours à l’essentiel.

Ce chemin ne me paraît pas toujours le plus évident à emprunter. Mais c’est celui que je veux prendre car c’est le seul qui me ménera où je veux aller. Et surtout, c’est le seul chemin qui est plus important que sa destination.

3 réflexions au sujet de « L’essentiel »

  1. Ping : Une journée avec du sens | Outsider

  2. Ping : Vivre sans récompense | Outsider

  3. Ping : Créer sans revenu | Outsider

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *