L’écriture ou l’ambition

Un article invité par Etienne Bar

J’écris depuis mon plus jeune âge. D’abord des BD, assez infâmes, où on ne distinguait les différents personnages que par leur taille et la couleur dans laquelle ils étaient dessinés, puis de vraies histoires dans des cahiers d’écolier qu’il faudra penser à brûler un jour, quelqu’un pourrait tomber dessus.

Le jeu de rôle, découvert en 1981 (avec une certaine boite rouge, forcément), m’a fourni l’occasion de mettre en branle sérieusement mes méninges sur mes premiers univers.

J’ai pondu le premier et court roman que j’estime lisible autour de mon 23e anniversaire. On y parlait déjà d’une île qui s’appelait Libreterre. Un deuxième et un troisième sont venus quelques années plus tard, où j’ai commencé à utiliser le point de vue de la première personne en se faisant se succéder un grand nombre de locuteurs. Procédé que je pensais original avant de le découvrir sous la plume de Robert Merle dans L’Idole et bien avant qu’Alain Damasio s’en serve dans La Horde du Contrevent (que je n’ai pas lu). Tous ces livres sont restés dans mes tiroirs, seulement lus, et parfois appréciés, par quelques amis.
Puis, en 2008, le jeu de rôle est revenu dans ma vie après plus de vingt ans d’absence par l’intermédiaire de mon fils Louis (béni soit-il pour cela). Très vite, l’envie est revenue de créer un univers, les Folandes, et de commencer à diffuser les travaux par le biais d’un blog. Je me suis rapidement rendu compte que je préférais écrire des histoires dans cet univers plutôt que de consacrer du temps à le décrire et c’est ainsi qu’ont commencé à apparaître quelques billets sur les pérégrinations d’un jeune noble exilé de son île natale par son père. L’histoire, commencée de façon ludique avec un objectif très modeste, est devenue un roman, La ballade de Fronin, imprimé par les bons soins d’un imprimeur en ligne et diffusé depuis novembre 2009 à un peu plus de 80 exemplaires sous forme papier tout en étant disponible gratuitement (il ne l’est plus) au format électronique. Ce livre m’a valu quelques retours sympathiques, des commentaires plus ou moins agréables mais surtout de belles rencontres d’auteurs et de lecteurs.

Le pli était pris, l’envie d’écrire bien présente, je suis donc attaqué à la suite de ce premier roman (qui peut être lue indépendamment) : Face aux démons. Un gros bébé qui tutoie les 900 000 signes (ou, si vous préférez, un peu plus de 500 pages) avec une exigence de qualité accrue. Ce dernier, après un peu plus de trois ans de travail, est sorti en octobre 2012. J’ai voulu faire preuve d’ambition en ne faisant pas mienne la citation, attribuée à Edgar Poe, qui ouvre ce livre (« C’est dans le mépris de l’ambition que doit se trouver l’un des principes essentiels du bonheur sur la terre. ») en créant un label d’édition (Libreterre) pour essayer de diffuser ce livre au-delà de mon cercle d’amis ou de rencontres…

… et j’ai pris une claque. Une grosse, du genre qui fait du bruit et qui fait mal sur le coup. À part trois inconnus qui ont acquis mon livre dans les deux librairies (celle que je fréquente dans la petite commune où j’habite et une autre tenue par un ami à Rennes) dont les propriétaires ont eu la gentillesse de prendre mon livre en dépôt, personne ne m’a acheté ce livre, à part bien sûr des amis ou des lecteurs de rencontre. Il a beau être référencé chez Immatériel et quelques autres affreux épiciers vendeurs de pommes ou au nom de fleuve exotique, j’attends toujours la première vente d’ebook…

Diffuser un livre n’est pas la même chose que de l’écrire et c’est peut-être là que se situe toute la différence entre un éditeur et un auteur autodiffusés. Le premier sait diffuser un livre, ce que je ne sais pas faire. D’aucuns me qualifieront sans doute de prétentieux en me parlant du travail de sélection et de relecture qu’est censé faire l’éditeur. Qu’on m’explique alors pourquoi tant de merdes, indignes de la mort d’arbres dont ils sont responsables, paraissent et pourquoi tant de pépites dorment aux fonds des tiroirs, enterrées là sous des couches de lettres de refus.

Aujourd’hui, je suis heureux d’avoir écrit Face aux démons. Je regarde ce livre avec plaisir (d’autant plus que la couverture est superbe, merci, Fabrice) et le relis avec bonheur. Je suis beaucoup plus critique sur La Ballade de Fronin, mais c’est une autre histoire.
Je ne vous ferais pas le coup du « j’ai mis toutes mes tripes dans ce livre ». Non, désolé. Je n’ai pas souffert (pour ça, rassurez-vous, d’autres s’en chargent avec beaucoup d’application et de persévérance). Je suis certes passé par des moments de découragement et de ras-le-bol, de longues phases sans écrire une ligne, mais je ne crois pas avoir ressenti de la douleur en écrivant. Si cela était arrivé, je serais très vite passé à autre chose.

En conclusion, écrivez si vous en avez envie mais n’en faites ni un sacerdoce ni un chemin de croix. Faites-vous relire, acceptez les critiques et les remises en cause en discernant l’objectivité de la méchanceté. Sachez choisir vos premiers lecteurs.

Écrire est un acte éminemment solitaire mais qui peut être la source d’échanges parfois truculents et de belles rencontres (comme celle avec l’animateur de ce blog, tiens).

Allez, trois citations pour finir, parce qu’il faut savoir aussi laisser la parole à d’autres :

Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès ! Non, non c’est bien plus beau lorsque c’est inutile !
Edmond Rostand, Extrait de Cyrano de Bergerac

La réussite, ce n’est jamais qu’une histoire de chance. Demandez à un raté.
Earl Wilson

Le succès est un poison qui ne doit être pris que tard dans la vie et encore à petites doses.
Oscar Wilde

http://libreterre.fr/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *