L’achèvement

Comme je l’ai souvent dit, la créativité peut nous combler si nous apprenons à nous concentrer sur l’œuvre en cours et non pas sur le point final.

Mais je serais hypocrite si je ne reconnaissais pas que la perspective de l’achèvement est un puissant facteur de motivation. Si travailler au jour le jour sur l’œuvre peut apporter la sérénité, il y a ce moment crucial, ce pic de joie quand l’œuvre est achevée. Parce que le plaisir du travail est égoïste, l’achèvement apporte votre contribution au monde.

Nous ne savons pas à quoi va ressembler notre œuvre achevée, quand arrivera le moment de l’achèvement. Si nous le savions, nous ne serions pas en train de faire un travail créateur. Nous créons pour découvrir ce qui se cache en nous et dans notre lecture de ce que les autres nous ont légué.

L’achèvement, c’est un moment subjectif, c’est le cœur qui le choisit. Le dernier « coupez ! » d’un film de longue haleine, le mot « fin » sur un roman, la dernière ligne de code. Il restera toujours des choses à faire ensuite. Monter le film, relire le roman, faire beta-tester le programme. Il est bien possible qu’on nous fasse remarquer telle erreur, telle imperfection, alors nous remettrons notre fer à l’ouvrage. Et ensuite, il y aura les finitions, la phase de production, la promotion de l’œuvre, sa diffusion. Il y aura la suite des commentaires sur l’œuvre, et peut-être il y aura des nouvelles versions de l’œuvre, des remakes, des remasterisations, des adaptations, des relectures.

Ou alors nous ne revenons pas sur le choix du cœur. Nous avons terminé l’œuvre, nous mettons une bâche dessus, ou nous l’encadrons, ou nous la rangeons dans un tiroir. Et nous passons à autre chose.

Quoiqu’il en soit, il convient de reconnaître ce moment, de l’achèvement. Cela mérite d’en faire un moment spécial. Un moment de célébration. Ouvrons une bouteille de champagne, sortons prendre l’air, invitons des amis. Et pensons à faire une pause salutaire avant de redémarrer sur autre chose.

La satisfaction naît quand ce que nous pouvons réaliser croise ce que nous désirons. Pour l’atteindre, il nous faut travailler sur les deux versants. Ces moments d’achèvement sont rares et précieux dans une vie ; cultivons-les, ne vivons pas en permanence dans des œuvres en friche. Ou alors, sachons appeler ces friches, des œuvres.

On peut terminer une œuvre, mais on ne l’achève jamais. Comme une vie, elle est seulement abandonnée alors qu’elle était plus ou moins loin sur le chemin de l’accomplissement.

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