La puissance d’accepter

La vraie puissance qui nous permet de nous épanouir dans notre créativité, est une puissance immobile : la puissance d’accepter.

 

Kris Kristofferson a écrit une chanson qui s’appelle Blame it on the Stones. Elle doit se lire comme Accuse les Rolling Stones, mais on peut aussi la lire comme Accuse les pierres. La chanson parle des personnes qui se plaignaient des malheurs des années 60-70 et en accusaient le rock’n’roll et le mouvement hippie.

Quand nous ne sommes pas satisfaits de notre situation, par exemple quand nous ne pouvons pas consacrer assez de temps à la créativité, nous pouvons accuser. C’est la faute de l’école, de mes parents, de mes enfants, d’internet, de la crise, de la société… Nous pouvons aussi nous accuser nous-mêmes, nos mauvais choix, nos découragements, nos occasions manquées…

C’est aussi utile que d’accuser les pierres. Qu’elles en soient vraiment responsables ou non, on peut accuser les pierres de tous nos maux, cela n’y changera rien. Nous nous aigrissons juste.

Si notre situation nous déplaît, au lieu d’accuser les pierres, prenons-nous en main. Quelle est la première et la plus petite chose que nous puissions faire pour évoluer ? En parler à quelqu’un, éteindre la télévision pour ce soir, coucher des idées de changement d’habitudes sur le papier ? Et ainsi de suite, pas après pas.

Cette première et cette plus petite chose que nous puissions faire, c’est d’accepter. Entendu, dans notre situation actuelle, nous ne sommes pas aussi épanouis dans notre créativité que nous le souhaiterions. Acceptons ce fait, et voyons aussi tout ce que notre situation actuelle peut nous offrir. Peut-être avons-nous de l’argent, des proches, ou tout simplement un toit sur notre tête. Acceptons le fait d’être vivant, aujourd’hui, dans cette situation, acceptons qu’en ce moment présent, nous ne soyons pas occupés à l’activité qui nous plaît le plus. Mais puisqu’elle doit être finie, consacrons-nous y à fond pour le moment. Mesurons notre chance d’être vivant, ici et maintenant, de la chance d’avoir des personnes et un monde autour de nous. Ici et maintenant, il n’y a rien d’autre à faire qu’à sourire et apprécier. Demain peut-être, nous nous lèverons avec une nouvelle résolution et notre monde commencera à changer, mais demain n’est pas encore là, ce n’est pas la peine d’y penser, y penser nous fera de la peine.

Si nous pensons trop à demain, nous conditionnons notre bonheur à une hypothétique situation future qui nous conviendrait mieux. Demain, je serai heureux si je suis créatif à temps plein, demain je serai heureux si je vis de ma créativité, demain je serai heureux si je suis célèbre, demain je serai heureux si mes parents approuvent ce que je fais…

C’est se condamner à souffrir tant que cette situation n’arrivera pas. Et quand cette situation arrivera, nous pourrons tout aussi bien reporter notre bonheur à une nouvelle situation. Vivre dans la joie, c’est accepter toutes les situations. Nous ne pourrons jamais être vraiment préparés aux drames et aux chances qui surviendront. La seule préparation, c’est d’accepter.

 

Accepter n’est pas renoncer. Nous acceptons la situation actuelle mais si nous voulons qu’elle change, nous mettons en œuvre ce qui dépend de notre volonté.

Accepter n’est pas se résigner. Nous pouvons voir tout l’inconfort d’une situation, mais nous choisissons d’y vivre pleinement, et d’apprécier tout ce qui peut l’être.

Accepter, c’est vouloir moins. Ne pas conditionner notre joie à de faux besoins. Accepter, c’est se contenter. Et qui se contente est riche.

Accepter n’est pas oublier. Nous sommes conscients du gâchis passé, de la situation dans laquelle nous ont plongés nos erreurs et nos échecs du passé. Mais on ne peut pas changer le passé, on peut seulement en tirer des leçons. Ne nous décourageons pas, ne croyons pas qu’on perpétuera toujours les mêmes erreurs. Elles ont été commises par une autre personne, celle que nous étions dans le passé.

Accepter n’est pas un culte de la volonté. Nous acceptons les moments où nous sommes faillibles, où nous laissons tomber, où nous sommes en souffrance, en basse énergie. Pour aller de l’avant, nous nous pardonnons, et nous pardonnons aux autres personnes responsables de la situation.

Accepter n’est pas un culte de la réussite. Si l’on vit on se projetant dans des réussites futures, on échappe au bonheur. Accepter, c’est apprécier le moment passé sur l’œuvre sans penser à l’achèvement, c’est prendre le temps de jouir de son art. Accepter, c’est consacrer son temps créatif à réinventer son art plutôt qu’à être obsédé par sa rentabilité économique.

La comptabilité nous fait voir les choses sous l’angle de la peur, en nous projetant dans le futur, elle nous fait vivre en permanence dans des scénarios catastrophes qui ne sont pas la réalité d’aujourd’hui, et qui nous empêchent de prendre les décisions conformes à nos valeurs qui nous combleront bien plus qu’un gros salaire.

 

Accepter est le socle d’une vie dédiée à la créativité, d’une vie dédiée à la joie.

4 réflexions au sujet de « La puissance d’accepter »

  1. Merci simplement pour ce beau billet. Je n’ai pas vraiment de grains à moudre à te donner. Juste que l’article a bien raisonné en moi et qu’il me fait de nouveau grandement cogiter ..
    Chacun doit avoir ses « choses » plus difficiles à accepter que d’autres (en ce qui me concerne il s’agit notamment de mes faiblesses & défauts ..)

    Au passage, pour certains, un truc pour aider peut être le ludisme, la légèreté, prendre cela comme un jeu .. En tant que rôliste, ça devrait nous parler ..
    Bonne continuation en tout cas.

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