La patience de l’eau

Quand il s’agit d’arbitrer son temps entre activités créatrices et non créatrices, il peut nous être utile d’avoir la patience de l’eau.

Nous connaissons toujours des moments où nous ne pouvons pas être autant créatifs que nous le voulons. Nous sommes trop occupés par des tâches non créatives, préoccupés par des soucis personnels, bloqués sur des projets qui nous empêchent d’en commencer d’autres, en manque d’inspiration, en manque de courage, en manque d’énergie.

Dans ces moments-là, nous pouvons perdre patience. Résister contre cet état de fait et en concevoir colère, frustration, désespoir. Ces moments non-créatifs, déjà pénibles par eux-même, le deviennent encore plus. Nous ne nous sentons pas à notre place. Nous enrageons de ne pouvoir rien faire, ou de ne savoir quoi faire.

Nous pourrions gagner à nous inspirer de l’eau. L’eau peut rester prisonnière pendant des millions d’années, elle finira toujours par s’écouler. L’eau trouve toujours un chemin, sans jamais s’épuiser. Elle peut être dispersée, polluée, transformée en vapeur ou en glace, sa nature reste la même. L’eau est toujours à sa place.

En acceptant les moments non-créatifs, nous cessons de les subir. Agissons quand nous le pouvons. Quand nous ne le pouvons pas, acceptons. Quand nos proches sont auprès de nous, nous pouvons apprécier le temps passé avec eux au lieu d’attendre leur départ de pied ferme pour reprendre une activité créatrice. Nous pouvons surtout voir le temps passé avec nos proches comme la plus créatrice de nos expériences. Si nous voulons changer de métier, faisons les démarches nécessaires. Pendant les temps entre ces démarches, acceptons de nous consacrer à notre métier actuel. Le temps créatif viendra assez tôt. Si nous sommes dans la souffrance et la maladie, acceptons cet état et voyons si nous pouvons rester créatifs malgré tout. Si nous sommes victimes de la pression sociale, nous pouvons rester créatifs, en cachette. Si nous manquons de moyens, de temps ou de compétence, nous pouvons toujours créer avec notre seule imagination, qui se moque de ces contingences. Concevons enfin qu’un équilibre est nécessaire entre activités créatrices et non-créatrices.

Évidemment, la vie est courte. Nous finirons tous par mourir, sans avoir pu accomplir tout ce qui était important pour nous. Et sur notre lit de mort, nous constaterons avoir longtemps stagné dans des ornières. L’eau, elle, est immortelle. Mais en découpant la vie en minuscules instants, nous pouvons être comme de l’eau. Rester fidèle à notre nature, quelque soit l’adversité, et accepter dans l’instant ce que nous ne pouvons changer dans l’instant.

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