La nécessité du mal

Un article invité par Victorien 

Ecrire, c’est pénible. Je n’aime pas écrire. Ce que j’aime, c’est raconter des histoires, avoir un produit fini avec mon nom dessus s’il s’agit d’une nouvelle, pouvoir envoyer mes fiches de personnage aux joueurs s’il s’agit d’un jeu de rôle. Mais l’écriture en elle-même, je ne la trouve pas agréable, tout juste parfois tolérable. J’ai du mal à prendre le temps et surtout le courage d’écrire : on trouve toujours quelque chose de plus intéressant à faire. Quand je suis face à ma page blanche de traitement de texte, il reste les fenêtres MSN qui clignotent, une actualité sur Facebook, un objet qui attire mon attention sur le bureau. Ecrire est une activité solitaire : je n’aime pas les activités solitaires.

Mais, malgré tout, j’écris quand même. Rarement, et malgré toute la répugnance que ça m’inspire, parce que j’estime que le jeu en vaut la chandelle.
C’est dans la tête que tout se passe d’abord. Ça frappe sans prévenir : les pensées vagabondent, et paf ! Une histoire nait. Les pensées, elles ne vagabondent pas n’importe comment. J’ai remarqué qu’il y avait des périodes plus fécondes que d’autres : l’ordinateur, par exemple, stérilise la pensée. Il faut faire quelque chose d’ennuyeux pour pouvoir s’évader dans ses pensées. Les cours, les transports en commun, un travail manuel, une promenade, tout cela est bien plus propice. Les moments de la journée jouent aussi : c’est au matin, quand les pensées sont embrumées et incohérentes, que les meilleures idées me viennent. Juste avant de s’endormir, c’est parfait également : faire des siestes fait considérablement travailler mon imaginaire.

Après, l’histoire vit sa vie dans ma tête. Elle prend corps et se construit mentalement. J’ai dans ma mémoire des tas d’histoires terminées qu’il ne me reste qu’à coucher sur le papier, et que je n’aurai jamais le courage d’écrire.

Quand l’histoire me prend suffisamment pour me pousser à l’écrire, je me place devant mon ordinateur. Je me fixe de petits objectifs : un paragraphe, une scène, ou généralement un temps réduit, de l’ordre d’une heure. Je connais le début et la fin de ma scène, mais c’est devant mon clavier que je traduis cela en mots. Parfois l’inspiration me vient : l’écriture est fluide, la métaphore facile, je suis embarqué par la scène et je tape rapidement des textes de qualité. Parfois, ça ne veut pas : quelques lignes mal ficelées, bêtement descriptives ornent mon écran et je ne sais pas comment les changer.

Je me relis rarement. Je suis paresseux et perfectionniste, ce qui n’est pas de chance : après une relecture de mon œuvre, j’estime que ce n’est pas assez bon mais je ne trouve pas le courage de réécrire. Parfois, j’arrive à quelque chose de suffisamment abouti dès le premier jet et je m’en contente. Souvent, le fichier rejoint mon dossier Projets, plein de textes inaboutis, inachevés ou que je n’ai pas envie de faire lire.

L’histoire et le style sont tous deux importants. L’histoire, le scénario, les personnages, tout ce qui sort de ma tête est maîtrisé. Il me reste à essayer de retranscrire ça en mots, ce qui est le plus difficile. J’essaie autant que possible de varier mon style. La poésie est un exercice intéressant que je pratique parfois. Je me fixe un thème donné, et en une ou deux heures je versifie. Ce n’est pas de la grande littérature, mais ça permet d’essayer de faire passer le maximum de sens dans un minimum de mots. J’essaie aussi d’écrire plus en métaphores, ou de façon plus descriptive, des dialogues ou des pensées, des scènes d’action ou de réflexion, dans un français ancien ou courant, style ampoulé ou administratif… Pour moi un écrivain devrait être capable de changer radicalement son style et son genre selon ce qu’il a à dire (en tout cas, c’est ce que j’aimerais être).

J’écris soit « sur commande », soit sur création personnelle. Dans le premier cas, c’est très souvent pour du jeu de rôle (écrire des biographies de personnage), auquel cas les contraintes de temps et de style sont primordiales. C’est rarement de la grande littérature, mais il peut en naître des choses intéressantes. On mettra aussi dans cette catégorie les concours de nouvelles, qui arrivent parfois à me motiver à « pondre » quelque chose rapidement.
Quand aux créations personnelles, elles sont rares. Un roman, quelques nouvelles, rien d’édité, peu de choses éditables. Si j’aime écrire des histoires, le manque de confiance en ce que j’écris m’empêche de le faire partager au plus grand nombre. Très souvent, mes productions sont lues par moins de cinq personnes. Petit à petit, j’essaie de faire changer cet état de choses…

Cet article est tout à fait représentatif de ma manière d’écrire. Il a été écrit d’une traite, sans relecture, au fil du clavier, tout en conversant sur Facebook. J’ai remis durant quelques jours sa rédaction, qui ne m’enchantait guère, et finalement je trouve quelque intérêt à l’avoir écrit, à cause du recul qu’il me donne sur mes pratiques. Dans l’écriture, le plus difficile reste de s’y mettre…

Victorien

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