La féodalité à sa limite

Un article invité par Xuaterc

L’hiver 1143 avait été particulièrement rude. Le pauvre Jehan Thibault avait épuisé toutes ses réserves de grain pour nourrir sa famille. Toute la morte saison, il avait soigneusement géré ses récoltes, stockés son grain. Depuis des années, il apportait un soin tout particulier à la sélection des variétés de céréales, veillant à conserver les plus fertiles, à respecter rigoureusement l’assolement, avec la culture de la plantation de légumineuses.

Mais,  tous les ans, le cens, la taille, la gabelle, l’alleu, le champart, la dîme, et toutes les corvées, prélevés par le seigneur, le curé, l’abbé du monastère Saint Martial, le fermier du Roy, prélevaient plus des deux tiers de ses récoltes. Malgré tous ses efforts de parcimonie et d’économie, la plus grosse partie de son travail partait dans les poches d’inconnus qui n’avaient que faire du sort de ce pauvre Jehan, de sa femme Lise et de leurs quatre enfants. Les razzias étaient régulières et la protection seigneuriale inexistante. Des heures, des jours de travail minutieux et appliqués dont il ne voyait jamais le résultat.

Un matin du mois de mars, un chevalier vint frapper à la porte de sa masure. Il avait entendu parler de la qualité des récoltes de Jehan. Ce valeureux paladin venait d’acquérir à fort prix une île au large de la ville de Saint Malo, libre de tout seigneur. Il proposait à Jehan de venir s’y installer avec toute sa famille, de lui offrir le gîte ainsi que plusieurs arpents de terre afin de faire prospérer ces cultures que la pauvre paysan avait mis tant de coeur, d’énergie et d’abnégation à sélectionner. En contre partie, le chevalier ne réclamait aucune taxe seigneuriale, seul le bien être des familles hébergées lui suffisait.

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