Journal : Programme, non-programme

 

Première plongée dans une vie dédiée à la créativité. Élaborer un programme. Et y aménager une marge de manœuvre, un non-programme.

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Donc, ça y est, j’ai fait de la créativité mon activité principale. Je célèbre ça, tous les jours. J’attendais cet accomplissement depuis longtemps. Aujourd’hui, je veux lui faire honneur.

Premier changement : plus d’articles pour Outsider. Ils seront séparés en quatre catégories, avec des différences de ton.

Créativité :
Des articles sur la créativité, tous médias confondus, qui visent une portée générale. J’y parlerai à la deuxième personne du pluriel et j’emploierai des exemples généraux.

Journal :
Un rapport de mes activités. Il y aura des choses à en tirer au sujet de la créativité, mais le ton est résolument personnel.

Communauté :
Des articles pour ouvrir un dialogue, partager, collaborer avec la communauté de personnes qui suivent les œuvres issues d’Outsider.

Publication :
Des articles pour informer de la sortie d’une œuvre, avec décryptage, ressources.

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Considérez ceci comme un préambule. Aujourd’hui, première entrée dans la catégorie Journal, je vais vous expliquer comment j’organise mes journées maintenant que je suis créatif à temps plein.

Voici le programme :

07-08 h : réveil, préparation
08h-12h : écriture + 1/2 h de vélo d’appartement ou de marche
12h-12h30 : repas
12h30-14h max : sieste ou relaxation
13h30 max-15 h : tâches diverses
15h-17h : revue internet, suivi communautaire
17h-17h15 : gymnastique

Présenté ainsi, cela paraît rigide. En tant qu’indépendant, je veux établir une routine pour ne pas me laisser aller à la procrastination.
Mais surtout, ce programme est un non-programme. Le monde est impermanent, je ne peux pas m’organiser de façon identique tous les jours. Ce programme est juste une ligne directrice, une ligne de flottaison. C’est un non-programme. Décryptage.

07-08 h : réveil, préparation.

Mon épouse est salariée. Je me cale sur ses horaires. C’est une bonne façon de conserver une discipline. Et j’ai choisi de devenir créatif à temps plein pour retrouver un équilibre. Un travail salarié + la créativité + mes proches, il y avait une variable de trop dans l’équation. Maintenant, je concentre mon activité créative sur les moments où mon épouse travaille.

08h-12h :  écriture + 1/2 h de vélo d’appartement ou de marche.

Je suis en haute énergie le matin, une heure après le réveil. Je réserve cette plage horaire pour mon activité prioritaire : l’écriture et l’édition de livres. Quand j’écris, je me concentre sur le texte, j’écris avec un logiciel en chambre noire pour ne pas être distrait.

Je consacre deux matinées par semaine à mon projet prioritaire du moment, une matinée à des travaux d’écriture courts et urgents (des articles), une autre matinée à mon projet secondaire du moment.

Le projet prioritaire est souvent un livre, mon grand-oeuvre du moment. Mais aujourd’hui, mon projet prioritaire, c’est de terminer la trentaine de comptes-rendus de parties de jeux de rôles en souffrance depuis janvier. Ces six derniers mois, j’ai dû me concentrer sur mon travail salarié, et sur le point de vue créatif, j’ai pris beaucoup de retard. Je veux redresser ce retard : publier mes comptes-rendus de partie, honorer certains engagements, publier des éditions préhistoriques de mes travaux en cours (c’est-à-dire des compilations de notes ou des textes non relus, sans maquettage ni illustration). Cela va prendre du temps, mais je veux le faire avant d’envisager des éditions de livres plus abouties (à l’exception de certains projets courts, comme le tout frais jeu Dragonfly Motel, produit en une semaine pour le concours Game Chef). Je vais réaménager une qualité de vie, qui me permette d’œuvrer sans le stress d’une deadline.

Le projet secondaire, c’est une respiration créative. Je m’essoufflerais à travailler en permanence sur un seul projet. Cela donne une chance à des projets que je remettrais toujours à plus tard, sinon. Mon projet secondaire du moment va être de préparer la libération de tous mes livres publiés jusqu’alors, sur le modèle de Musiques Sombres pour Jeux de Rôles Sombres. Ce sera un grand bouleversement dans ma façon de concevoir le partage et la création de culture. On en reparlera

J’inclus dans cette matinée une pause d’1/2 h d’exercice, soit de la marche en extérieur, soit du vélo d’appartement. Je préfère le vélo d’appartement, car je peux lire en même temps. Lire des livres en papier est une gymnastique essentielle pour un écrivain, je l’ai trop négligé ces six derniers mois. Quand à l’exercice cardio de type vélo/marche, il m’est essentiel pour conserver un haut niveau d’énergie. Si j’ai perdu 30 kilos en quelques années, c’est en partie grâce à la cardio. Avoir perdu tout ce poids m’a fait gagner considérablement en énergie.

Je fais bien sûr des pauses entre-temps, des pauses de 5 minutes max. Tant pis pour l’image romantique de l’écrivain, j’écris au clavier quand je suis à la maison. Je n’écris à la main qu’à l’extérieur. Si je veux prendre une pause, je me lève de mon bureau et je marche, que ce soit pour aller chercher un verre d’eau, m’occuper des chats ou faire un brin de ménage. Mais surtout pas plus de 5 minutes.

Les plages horaires ne sont pas aussi rigides que je l’écris, je ne mets pas un réveil. C’est à 1/4 h prêt.

12h-12h30 : repas.

Je réchauffe les restes du soir, ou je prépare quelque chose de rapide. Je prends mon temps, sans distraction, pas de clavier, pas de livre. Je me permets d’écouter des podcasts, mais c’est peut-être une erreur qui m’éloigne de l’idée de manger en conscience. A méditer.

12h30-14h max : sieste ou relaxation

J’ai insisté sur les bienfaits de la pleine conscience. Mais je ne suis pas un bon élève pour la méditation. Il m’est difficile de pratiquer l’exercice sans m’ennuyer ou somnoler. Je fais une heure de yoga par semaine, en association, mais encore ici je suis un mauvais élève. J’ai un temps pratiqué ce que j’appelle l’activité consciente, c’est-à-dire se consacrer à ses activités en restant conscient de son environnement, de sa respiration, et aussi veiller à décontracter ses muscles. Mais j’ai relâché mes efforts sur ce point également, quand bien même j’en avais constaté les bienfaits. Mon activité de créatif à temps plein est le prétexte idéal pour m’y remettre. En tout cas, tant que ce n’était pas une réalité, c’était un bon prétexte pour remettre la pleine conscience à plus tard ! Ralentir est une urgence. Ralentir est la priorité.

J’opte pour la sieste. Ce n’est pas une pratique de méditation en soi. J’argue pourtant que c’est bien une pratique de relaxation, de lâcher prise. Une façon de se retirer des affaires du monde et des urgences factices. J’ai lu ici et là que le sommeil fractionné était une excellente chose, par ailleurs j’en ai constaté les bienfaits quand je pratiquais 1/2 h de sieste à mon travail. J’ai aussi lu la chose suivante : 1/2 h de sieste serait bonne pour récupérer son énergie, 1/2 h supplémentaire pour la mémoire, 1/2 h supplémentaire pour la créativité. J’ignore si c’est vrai ou faux, je vais expérimenter. Je suis flexible. Je me mets un chrono de 1h 1/2, mais si je me réveilles plus tôt, alors je me lève. Je m’astreins à monter me coucher, à moins d’être vraiment sur un travail urgent. La semaine dernière j’ai créé un jeu pour le concours Game Chef, je n’avais que quelques jours pour le remettre, et clairement je n’ai pas pris le temps de faire la sieste. Mais cette participation au Game Chef était pour ma part un caprice, une manière de fêter ma première semaine de créatif à temps plein. Dans l’absolu, cette pratique ne me convient pas du tout, elle m’enferme dans de fausses urgences et m’écarte de mes projets prioritaires. Je vais limiter au maximum ce genre d’engagements avec des dates limites.
14h max-15 h : tâches diverses

Comme ma sieste est à durée flexible, je peux commencer cette partie du programme plus tôt, des fois dès 12h30. Je consacre ce temps à la maintenance de mon tableau de bord de tâches, et à l’exécution des tâches qui ne rentrent pas dans la matinée d’écriture. Actuellement, c’est problématique, vu mon retard. La simple maintenance du tableau prend beaucoup de temps. Je ne désespère pas de dégraisser tout cela au fur et à mesure. Mais tant que je n’aurai pas fait un sérieux ménage dans mes tâches à faire, je vais appliquer la politique « zéro nouvel engagement ».  Mon tableau de bord a atteint un volume de 1500 entrées, autant de départs de feu. Je vais appliquer là-dessus un principe de simplicité volontaire. Voire une politique de la terre brûlée.

15h-17h : revue internet, suivi communautaire

J’ai déjà évoqué mes problèmes d’addiction à internet et le temps que ça me consommait sur mes vraies priorités. Quand j’ai réfléchi à mon programme / non-programme, j’ai placé la revue d’internet tard dans la journée. Avant, il m’arrivait de m’y mettre sitôt levé. J’étais aussi comme ça avec la cigarette. La première, c’était au saut du lit. Je fais une forte analogie entre les deux, en terme d’addiction.

Et je suis assez fier de vous l’annoncer : ça marche. Je ne vérifie pas internet avant 15h, et ça ne me manque pas. Car je sais les sacrifices que j’ai concédés pour réaliser ce vieux rêve d’écriture à temps plein. Je ne laisserai pas un comportement addictif le gâcher. De la minute où j’ai quitté le salariat, mon cerveau a commencé à se reconfigurer. Je suis conscient de mes responsabilités. Je dédie ma vie à la créativité, pas au vagabondage de l’esprit. Bien entendu, j’ai besoin d’internet pour la créativité, tout comme j’ai besoin d’expérimenter des choses, d’être public et pas seulement créateur, pour trouver l’inspiration. Mais cette activité de re-création restera à sa juste place. 2h de revue d’internet, c’est court. Je dois publier des nouvelles sur mes réseaux, vérifier mes réseaux, mes forums, mes mails, répondre à tout, répercuter les tâches sur mon tableau de bord si nécessaire. Je lis quelques articles qu’on m’a mentionné, s’il me reste du temps. La communauté de personnes qui échangent avec moi s’agrandit, et c’est une joie. Mais je dois leur consacrer du temps. Je fais ma revue internet sur mon bureau, pour avoir une qualité de réponse que je n’aurai pas si je consulte sur une tablette ou sur l’ordinateur d’une tierce personne.

A 17h, j’éteins l’ordinateur. Très important. Question d’équilibre.

17h-17h15 : gymnastique

Un esprit sain dans un corps sain. Je dois travailler ma musculature pour résister à la posture assise prolongée et au travail sur le clavier, traumatique pour le dos et les articulations (je vais acquérir un siège ergonomique qui me maintiendra dans une position assis-debout, mais je ne ferai pas l’impasse sur l’exercice pour autant). Cela reste un programme d’homme pressé, pas d’homme sportif : 30 abdominaux, 2 minutes de gainage, 30 pompes, 30 flexions.

A 17h15, fin de ma journée de créatif.

C’est l’heure à laquelle mon épouse rentre du travail. Je consacre le reste de la journée à passer du temps avec elle ou à faire du ménage. Je redécouvre le plaisir de vraies conversations avec mon épouse, non pas des moments où je suis concentré sur mon clavier et où je ne saisis pas un mot sur trois de ce qu’on me dit. Je redécouvre le plaisir de vivre dans une maison propre ! Je nettoie le plus gros en ce moment, mais je vais aussi appliquer un principe de simplicité volontaire, et me séparer d’un maximum d’objets qui prennent la poussière depuis mon déménagement, il y a deux ans.

En théorie, si mon épouse est à la maison, je me considère également en congé. Pas de créativité, pas de sport non plus, à moins d’une marche avec mon épouse. Sans doute quelques lectures, et des visionnages de film avec elle.

La créativité est une drogue, ne l’oublions pas. Pendant les week-ends et les rtt, je m’accorderai sans doute la matinée, de 8h à 12h, à mon activité créatrice, sans programme pré-établi. A moins que mon épouse soit partie en week-end sans moi, auquel cas j’applique mon programme habituel. Je vais aussi consacrer une vingtaine de week-ends par an aux salons, sorties jeux de rôles et convention : du travail à l’extérieur, en somme.

Rien n’est sacré dans ce programme.
Je peux consacrer une ou plusieurs demi-journées par semaine au jeu de rôle, à des déplacements administratifs, à des animations, des conférences, des ateliers. Je ne veux pas vivre retiré du monde, ce serait dommageable pour ma créativité et pour mon bonheur : je suis un être social !

Si j’ai sacrifié une demi-journée de mon programme, je condense le programme d’une journée dans la demi-journée qui reste : quelque chose comme 1h1/2 d’écriture, 1/2 h d’exercice, 1h de tâches diverses, 1h de revue internet.

Un mélange de discipline et de flexibilité : voilà le programme, non-programme.

8 réflexions au sujet de « Journal : Programme, non-programme »

  1. C’est un plaisir de te voir bien partie, et présager une plus grande activité de ta part 🙂
    Ton programme me fais fâcheusement penser à ma semaine de révision de bac (avant que l’ordinateur réussisse à la détruire bien sûr). Si tu tu t’y tiens, alors nous aurons de quoi rêver d’ici peu 🙂

    • nous verrons bien si l’ordinateur ne détruit pas ma semaine également 🙂 Ma priorité, ce sera les comptes-rendus de partie, et les éditions préhistoriques (c’est-à-dire des versions brutes, non corrigées, non maquettées) de mes travaux en cours. ça fera une grosse quantité en effet 🙂

  2. 😀 Après l’organisation des tâches, je tombe sur ton organisation du temps. Elle est très bien pensée, surtout dans la possibilité de délégation des tâches, ce que j’ai du mal à faire.
    Je pense que je vais prendre exemple sur ton modèle, en l’ajustant à mon petit mi-temps et en appliquant la méthode Pomodoro que tu présentais dans l’article précédent. En effet, contrairement au reste du temps, je n’arrive pas avoir le temps passer quand je travaille sur l’ordinateur. Avoir un minuteur à portée de main, cela devrait m’aider ^^
    Si j’arrive à suivre cette rigueur jusqu’à début septembre (date de début de mon projet professionnel), je pense que je serais enfin sur de bonnes bases ^^
    Merci encore.

    • Merci Gwladys. La méthode Pomodoro est à utiliser avec parcimonie. Je l’ai utilisée de façon très compulsive à une époque et je commençais à agir comme un robot et à me stresser sur le temps que prenait chaque tâche, qui était toujours supérieure à ce que j’aurais voulu. J’essaye aujourd’hui de prendre conscience que le temps, ce n’est que tu temps. Quand on perd du temps, on ne perd que du temps. Ceci, la méthode Pomodoro est excellente si, par exemple, on a besoin de se concentrer sur une activité un peu rébarbative et avec une date limite, comme par exemple des révisions (ça a été conçu pour ça), ou tout simplement si, comme tu le mentionnes, on a besoin de penser à prendre des pauses. Pratiquer alors Pomodoro pendant quelques temps va alors nous habituer à prendre des pauses, et au final on pourra se passer du minuteur et conserver le réflexe de se lever de son ordinateur toutes les demi-heures environ pour aller se dégourdir les jambes et l’esprit, et revenir en ensuite en plein focus.

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