Erreurs de Jeunesse

Ce livre a failli ne jamais voir le jour sur Outsider.

Il y avait bien des raisons de ne pas présenter un recueil de poésie en général et encore plus Erreurs de Jeunesse en particulier.

La crainte de ne pas en écouler un seul exemplaire.
La crainte de créer la confusion. Ainsi j’ai déjà publié du roman, des nouvelles, de la chronique musicale, du jeu de rôle et du jeu de carte.
La crainte de se montrer. Erreurs de Jeunesse en dit plus sur moi et sur ce que j’ai été que tout le reste de mon œuvre.
La crainte d’être incompris. Avec le recul, je suis bien conscient de ne pas cerner moi-même tous les tenants et les aboutissants de ce recueil. Si en général, je suis incapable de faire une évaluation de ma propre écriture, Erreurs de Jeunesse est vraiment pour moi une énigme.
La crainte de blesser. Erreurs de Jeunesse a été écrit avant que je rencontre Hélène, celle qui est aujourd’hui ma femme. Erreurs de Jeunesse parle d’autres passions, certaines fictives, d’autres qui furent réelles. J’ai finalement demandé sa bénédiction à Hélène pour dévoiler ce livre.
La crainte de se souvenir. Erreurs de Jeunesse est le livre de mes dix-sept ans, c’est aussi le livre de personnes qui ont disparu de ma vie, pour certaines à tout jamais. Une époque qui ne reviendra pas et qui, si elle ne fut pas forcément un lit de roses pour moi, me renvoie à une façon de ressentir que je ne connaîtrai plus jamais.
La crainte de ne pas être original. Erreurs de Jeunesse est sur bien des aspects de facture classique, presque académique. C’est surtout une œuvre adolescente.
La crainte de décevoir, de me décevoir. Car l’homme qui se raconte dans ses poèmes n’est pas l’homme que j’étais en réalité, en dehors de mon seul moyen de communication qui était la poésie.
La crainte d’aboutir. Je ne suis pas certain d’avoir encore des choses à chercher en écriture après cela. C’était une montagne à gravir, tout ce que j’ai écrit après n’a été que d’en redescendre.

 

 

Mais surtout, Erreurs de Jeunesse est un fantôme du passé. Un fantôme immense. Celui de la poésie. Aujourd’hui, l’adulte que je suis devenu ne peux plus, ne veux plus écrire de la poésie. Car la poésie est mensonge. Elle ne sait rien faire d’autre que du mal. En relisant le recueil, j’ai été marqué par l’intensité de mon ressenti à l’époque. Après Erreurs de Jeunesse, peu à peu j’ai atteint une sécheresse de l’âme. Si je ressens encore des émotions, il m’est difficile de les exprimer autrement que par des artifices. La recherche mystique d’Erreurs de Jeunesse a disparu au profit d’une rationalité froide. Si je suis aujourd’hui cent fois plus heureux que j’ai pu l’être à dix sept ans, je suis aussi cent fois plus sec. J’attends encore les futures odyssées où je me sentirai vivre à nouveau. Et je pressens que ce seront des iliades, non plus des traversées en solitaire. Des équipées où la poésie n’aura pas de sens.

Si j’ai longtemps hésité avant de décider de présenter ce livre, j’ai aussi hésité sur sa forme. Je trouvais le titre fade. J’ai pensé à d’autres titres prétentieux. Je voulais un sous-titre. J’avais enlevé une bonne moitié des textes lors d’une première révision il y a sept ans, puis j’ai relu les textes expurgés et j’ai failli les réinsérer. Finalement, j’ai conservé la version réduite, avec les textes les moins académiques, les plus aboutis, les plus centrés sur mes obsessions. Les textes évincés étaient moins frappants. Certaines pouvaient contenir une belle phrase, une belle sonorité mais dans l’ensemble étaient trop classiques. Certains aussi me faisaient du mal.
J’ai surtout conservé le titre. Il explique qu’on ne peut écrire de la poésie que lorsqu’on a dix-sept ans. Et ce sont bien des erreurs, c’étaient des erreurs de femme, c’étaient des erreurs de perception, c’étaient des erreurs de sentiments. Ce sont ces erreurs qui nous font. Je pensais que ces erreurs étaient derrière moi. A la relecture, j’ai pourtant ce qui me hante encore aujourd’hui : la chair, la passion, la douleur, la violence, la mort, l’ambiguïté, la drogue, les expériences extrasensorielles, l’exploration d’autres mondes. Comme si j’étais seulement vieux par erreur.

« Vous êtes trop jeune pour parler de la mort comme ça », m’avait dit un vieux poète à la lecture de ce livre.

Nous parlerons bien de ce que nous voudrons, nous parlerons de nous étreindre, nous parlerons de nous battre, nous parlerons de nous blesser, nous parlerons de nous aimer, nous parlerons de la vie, nous parlerons du soleil, nous parlerons de Dieu ou nous parlerons des pierres.

Mais sommes toutes, nous ne pensons jamais à autre chose qu’à la mort.

Le livre est disponible en impression à la demande et la version numérique est en téléchargement libre.

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