Créer, c’est facile

Comment trouver la motivation à créer ? En trouvant l’inspiration. Mais où se cache-t-elle ? Tout près. Notre inspiration, c’est nous-même.

Nous sommes découragés à créer quand nous nous comparons. Nous comparons nos projets à des œuvres que nous trouvons géniales, ou ne nous estimons pas capables de fournir les efforts nécessaires pour réaliser ce que nous avons en tête, parce que nous nous comparons à une personne idéalisée : nous-même dans un futur où nous aurions réalisé l’œuvre. Alors, forcément, nous ne nous sentons pas à la hauteur.

Pourtant, créer, c’est facile. La clé est dans la sincérité. Créer, c’est témoigner des expériences que nous avons vécues, sous le filtre de nos perceptions, de nos sentiments, de notre mémoire. Créer, c’est transformer les expériences que nous avons vécues en témoignages. La façon la plus directe et la plus simple d’en restituer toute la vérité, c’est d’être sincère. Dans ce monde, nous offrons trop de beauté et pas assez de liberté, pas assez de sincérité.

Créer est facile lorsque nous sommes sincères. Il nous suffit seulement de nous exprimer. Et il n’est de créativité que si nous sommes sincères, puisque la créativité est expression. Une étagère à épices est l’expression de notre besoin de ranger les épices, une expression de nos connaissances en menuiserie, ou une expression de notre affection pour la personne à qui cette étagère est destinée.

Créons pour nous, créons aussi pour les autres. Créer, c’est simple comme donner. Pensons à une personne à qui se destine notre œuvre, envisageons notre œuvre comme un dialogue avec elle. Nous pouvons même entamer un réel dialogue avec elle, qui sera l’œuvre : c’est le cas des œuvres collaboratives, des interviews, des parties de jeu de rôle.

Ne cherchons pas l’inspiration, cherchons à inspirer.

Sommes-nous les meilleurs juges pour notre œuvre ? Pour juger si le résultat en vaut la peine ? Posons-nous la question avant de baisser les bras. Montrons nos brouillons, discutons-en avec nos proches, avec notre public. Au pire, ces discussions mettront du charbon dans la machine, elles enrichiront notre vécu, et tout vécu supplémentaire est un matériau supplémentaire pour notre créativité.

Nous trouvons nos propres œuvres géniales parce qu’elles rassemblent tous les éléments que nous recherchons. Elles rassemblent tous les éléments que nous recherchons car elles sont la réponse à notre recherche. Ou plutôt, elles sont la question. Prenons une question : « Quelle est la vérité d’une personne ? ». La meilleure façon d’en faire un roman passionnant n’est pas de répondre à la question, mais de poser la question. Autrement dit d’écrire un roman où l’on suit les interrogations d’une personne sur ses propres motivations, sur son passé et son futur, où l’on recueille des témoignages contradictoires et complémentaires sur ce qu’a fait cette personne, sur ce qu’était cette personne. Un roman qui donnerait la réponse nous nécessiterait beaucoup trop d’efforts à écrire pour un résultat qui pourrait décevoir le lecteur. Comme on dit en cuisine : « C’est le client qui a le droit de crever l’oeuf, pas toi. ».

Inversement, ne codons pas notre œuvre. Si la réponse doit être invisible, voire absente, la question doit être visible. Certes, créer c’est souvent témoigner d’une façon indirecte, cryptique. Pour autant, créer n’est pas une façon de parler pour se taire, pour éviter les sujets qui nous importent vraiment. Quand il s’agit de créer pour de bon, il s’agit de se confier, vraiment, sincèrement, aller au fond des choses. C’est ça qui est difficile ;  ouvrir les vannes, se dire : « je suis libre, je suis dans mon espace d’expression ». Pour autant, ayons confiance. Si nous avons peur, parlons-en au lieu de la taire. L’œuvre est un sanctuaire, elle est un lieu privilégié pour notre expression, elle est le moment ou jamais. Créer, c’est facile, parce qu’une fois les vannes ouvertes, ça coule tout seul. Il ne s’agit pas de faire notre œuvre un auto-analyse, une catharsis ou un journal intime, il s’agit de parler de ce qui nous importe vraiment.

Créer, c’est facile, puisque la qualité n’existe pas, puisque juger c’est se tromper. Créer, c’est facile comme vivre, facile comme parler, et parler de sa vie. Créer, c’est facile comme dire la vérité. Notre vérité. La vérité des questions que nous nous posons. Une question est forcément vraie !

Comment être visionnaire ? Simplement en se posant des questions, en les transcrivant en témoignage créatif : la réalité de notre expérience, sous le filtre de notre individualité. Les visionnaires ne prédisent pas le futur, ils le façonnent, simplement en choisissant de s’exprimer.

Quelques concepts inventés à la volée : le langage sert d’argent, la guerre de toutes les religions, un peuple télépathe. Ce ne sont guère que des déformations de l’actualité mondiale. Mais du moment que nous avons la bonne idée, la bonne question, nous avons le carburant pour avoir les mille bonnes idées nécessaires pour construire notre grand-œuvre. Et ces mille bonnes idées ne seront que mille façons différentes de poser la même question.

La créativité est partout, dans tout ce que nous vivons. La créativité ne gaspille pas une seconde de notre vie. Elle observe, puis elle témoigne. Cette idée qui donnera naissance à mille bonnes idées qui donneront naissance à un grand-oeuvre, elle est déjà en nous, et mille autres d’entre elles.

Mettre le nez dehors, c’est faire preuve de créativité. La basilique de la Sagrada Familia était dans l’arbre qui était dans la cour de l’architecte Gaudi.
S’ennuyer à une soirée, c’est faire preuve de créativité. Le cycle d’A la recherche du Temps Perdu était dans ces soirées qu’à vécues Proust.
Faire du vélo, c’est faire preuve de créativité. Parce que chaque activité qui nous offre l’opportunité de voir des choses autour de nous, enrichit notre banque d’idées. Parce que chaque moment où notre esprit vagabonde, il replonge les mains dans le coffre à jouets de notre mémoire et en ressort un bijou oublié qu’à la lumière de notre nouveau moi, nous saurons utiliser différemment.
Lire un livre, c’est faire preuve de créativité. Tout ce que nous vivons, expériences réelles comme expérience fictives (puisque notre cerveau les mémorise de la même manière), est un matériau de vécu dont nous pourrons témoigner plus tard, à notre façon.

La vraie difficulté de créer, c’est de comprendre que c’est facile.

N’envisageons pas la création comme un bloc. Une œuvre est une rivière faite de mille ruisselets. Créons en agglomérats. Notons toutes nos idées, et au fur et à mesure du temps, agglomérons-les sous la forme d’une œuvre. Puis réutilisons cette argile pour une autre œuvre, et ainsi de suite. Ainsi, cet article est l’agglomérat d’une vingtaine de notes prises sur deux ans, et paraphrase par ailleurs une dizaine d’idées filées dans des articles précédents.

N’envisageons pas la création comme un continuum. Le véritable génie, c’est de reconnaître ses torts, d’opérer des cassures de style dans l’œuvre de sa vie alors que notre vécu évolue. Puisque notre œuvre est un témoignage, puisque notre vécu évolue, notre œuvre doit changer à travers le temps.

Et encore une fois, créer, c’est facile. C’est terminer qui est difficile, et c’est pour cela que nous lâcherons prise de l’envie de terminer. Rien de ce que nous pourrions terminer ne saurait nous rendre heureux et rien n’est jamais terminé.

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