Come on !

J’ai vu un reportage sur une jeune texane qui pratique la highline. Ce sport consiste à traverser un câble suspendu en montagne au-dessus du vide, sans bâton, sans filet. Pour seule sécurité, un harnais relié au câble.

Quelque part dans les Alpes. La traversée était longue, éprouvante. Mais ce n’est pas terminé. Elle avance. Sous elle, toute la vallée. Ne pas regarder en bas. Trouver son équilibre avec ses bras. « Come on ! ». C’est le cri qu’elle fait pour se reconcentrer. Elle tombe. C’est une chute étrange. On se dit qu’elle va tomber dans la vallée, mais en fait non, elle enroule ses jambes autour du câble et se relève aussitôt. « Come on ! », c’est le cri qu’elle entonne de plus belle. Pour ne pas regarder en bas. Pour ne pas tenir compte de cette chute qui pourrait sceller un abandon. Pour ne pas se concentrer sur l’arrivée. Pour se concentrer sur le nouveau mètre au-dessus du vide. Sur l’instant de la performance. Sur cette zone de présent où tout se joue. Elle chutera encore. Et se relèvera toujours. Avec ce « Come on ! » comme leitmotiv pour toujours repartir, un « Come on ! » parfois complice, parfois autoritaire, toujours présent.

Je ne prévois pas de me lancer dans les sports extrêmes. Mais ce « Come on ! » m’a marqué et depuis quelques semaines je l’ai repris pour moi.

Quand il s’agit d’écrire, c’est difficile de rester concentré. Je peux repenser à mon passé ou commencer à éditer des morceaux de textes antérieurs (penser à la distance parcourue), je peux reporter mon attention sur mon environnement extérieur, les discussions des mes collègues, ou la télévision à la maison (regarder en bas), je peux aussi me lancer dans une autre tâche ou une friandise de l’esprit comme le vagabondage sur internet, ou encore tromper mon esprit en confondant panne de motivation et panne d’inspiration (chuter), ou enfin me focaliser sur l’idée du livre fini, ce qui va me décourager d’avancer ou tout simplement me distraire de la page en cours (regarder l’arrivée).

« Come on ! », c’est le mot qui me ramène dans le moment présent de l’écriture. C’est ce qui me permet d’ignorer le vide et d’avancer un pied après l’autre, une ligne après l’autre.

Si ça fonctionne plutôt bien avec l’écriture, je pense que ça peut aussi fonctionner avec d’autres activités créatives. Je l’utilise aussi pour des tâches dites ingrates, faire la vaisselle ou conduire, ou pour mon travail de bureau.

Ce n’est pas (et ça n’a jamais été) qu’une question de productivité. Se borner à une seule tâche, y prêter une attention minutieuse et exclusive, être dans l’instant de cette tâche, tout comme on peut être dans l’instant de l’écoute ou dans l’instant de la contemplation, c’est une des méthodes les plus efficaces pour être heureux. Quand bien même les tâches en question n’auraient rien de gratifiant.
A chaque fois que j’ai tendance à l’oublier, quand je suis en train de taper du texte, quand je travaille, quand je conduis, quand je suis spectateur du monde, si je suis tenté de détourner mon attention sur des signaux parasites, je répète ce mot à haute voix : « Come on ! ».

Ça aurait pu être un autre mot, ça aurait pu être le « Kiai ! » du karaté, ce cri qui donne de la force et marque la volonté d’action, un mot porteur de ki. Pour moi, ça a été « Come on ! ».

Et vous, quel est le mot qui vous fait avancer sur la corde raide ?

3 réflexions au sujet de « Come on ! »

  1. Ping : Un voyage de mille lieues a commencé par un pas | Outsider

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