Ce qui vaut la peine d’être fait, vaut la peine d’être fait

Quand nous hésitons à mettre en œuvre, quand nous hésitons à terminer, il est une maxime à se souvenir : ce qui vaut la peine d’être fait, vaut la peine d’être fait, même petitement.

« Ce qui vaut la peine d’être fait, vaut la peine d’être fait, même médiocrement. », c’est une phrase de Marshall Rosenberg dans son livre Les mots sont des fenêtres (et peut-être des murs). Elle évoque le moment où il hésitait à exprimer sa gratitude à son oncle malade pour l’altruisme dont il avait fait preuve dans le passé. Marshall s’est finalement astreint à lui écrire une carte et un poème, et ces mots furent d’un grand secours à son oncle pendant sa période de convalescence. Il demandait très régulièrement à ses visiteurs de la lui relire.

La morale de cette histoire ? La contribution de Marshall, fut-elle brève, n’a pas été médiocre : elle a au contraire produit de grands effets, sur son oncle et sur Marshall lui-même. Nous pourrions nous la réattribuer en la reformulant : « Ce qui vaut la peine d’être fait, vaut la peine d’être fait, même petitement. ».

Toujours nous faisons des projets d’œuvres, et souvent nous les abandonnons. N’abandonnons pas nos bébés. Donnons-leur une chance de faire leurs premiers pas.
L’ambition est la première raison de l’abandon. Nous nous faisons une idée parfaite de l’œuvre à venir, elle est grandiose et colossale, elle va changer la vie de tout le monde. En s’en faisant une telle idée, nous préparons notre esprit à perdre l’espoir de terminer cette œuvre un jour, nous renonçons à l’idée de la commencer !

Qu’est-ce qui va créer le plus de valeur, pour nous et pour les autres ? Une petite œuvre, ou pas d’œuvre du tout ?

Il arrive que nous soyons épuisés et lassés par notre œuvre, et qu’à quelques pas de l’achèvement, nous baissions les bras. Nous recouvrons d’une bâche cette sculpture à laquelle il manque un visage, nous rangeons dans un tiroir ce manuscrit auquel il manque une passe de relecture, nous roulons en boule ce plan de maison auquel il manque la cuisine.

Si nous trouvions l’énergie d’exposer nos œuvres en l’état ? Voici cette statue, elle n’a pas de visage. Voici ce roman, il a des fautes d’orthographe. Voici cette maison, on aménagera cette cuisine plus tard. Ces œuvres trouveront plus d’usage, provoqueront plus d’émotion, plus de fierté que si elles étaient restées sous bâche. Trouvons la force d’exposer nos œuvres, même inachevées, sans attendre qu’on nous donne la permission. N’abandonnons pas nos bébés.

Puisqu’une œuvre n’est jamais terminée, il n’y a pas de bon ou de mauvais moment pour la révéler. Et on peut toujours remettre son fer à l’ouvrage plus tard, sculpter un visage, corriger l’orthographe, aménager la cuisine. Nous en aurons davantage l’énergie, car ce seront de simples finitions, elles ne porteront pas le poids ou la responsabilité de tout le travail accompli précédemment, elles seront plus légères à faire.

Quand nous avons une idée, si elle est courte à mettre en œuvre, mettons-là en œuvre de suite. Ne perdons pas de temps en fioritures. Allons à l’essentiel, car c’est l’essentiel qui porte, c’est l’essentiel qui touche.
Quand j’étais en école d’ingénieur, j’avais une amie qui attaquait les devoirs dans l’heure où ils lui étaient donnés, même quand nous avions un délai de deux mois devant nous. Cette précrastination m’a longtemps fait sourire, et je redoutais de me retrouver en équipe avec elle, car je savais qu’elle ne m’aurait pas laissé lambiner ! Une étude tend à démontrer que les précrastinateurs s’exécutent dans l’instant car ils appréhendent la tâche à faire et veulent en être débarrassés de suite. Peut-être aussi qu’un précrastinateur, quand il a acté qu’il acceptait de faire une chose donnée, s’en acquittait de suite, parce que « ce qui vaut la peine d’être fait, vaut la peine d’être fait. » Si l’on avait décidé de faire quelque chose, rien ne justifie d’attendre plus longtemps avant de s’y mettre.

Faut-il alors toujours délaisser ce qu’on a en route pour accueillir l’idée nouvelle, l’engagement nouveau ? Assurément non. Appliquons l’idée nouvelle à l’instant si elle est très rapide à mettre en œuvre. Sinon, mettons-là en attente. Mais ne nous reposons entre deux œuvres que lorsque nous sommes fatigués. Pas lorsque nous avons peur de ne pas être à la hauteur. La plus simple façon d’être à la hauteur d’un projet, c’est d’y consacrer une minute. Notre cœur nous dira si cela vaut la peine d’y consacrer encore une minute de plus, et ainsi de suite. La plus simple façon de ne pas être à la hauteur d’un projet, c’est de tourner autour du pot pendant des années avant d’y consacrer cette minute.

N’hésitons pas pour autant à faire table rase : ne devenons pas l’esclave des projets de la personne que nous étions dans le passé. Si un projet ne nous intéresse plus, exposons-le, et passons à autre chose. Mais ne remisons pas au placard toutes ces œuvres qui nous paraissent inachevées, naïves, honteuses. S’il existe une personne qu’elles peuvent toucher, les cacher au monde est un gâchis. Ouvrons les portes de nos ateliers au regard des autres.

La plus petite des œuvres a plus d’impact et de valeur que pas d’œuvre du tout.

Ce qui vaut la peine d’être fait, vaut la peine d’être fait, même petitement.

2 réflexions au sujet de « Ce qui vaut la peine d’être fait, vaut la peine d’être fait »

  1. Merci Thomas pour ce billet qui m’a poussé à finalement publier sur mon blog un projet en cours que j’avais presque mis de côté faute de motivation/inspiration. J’ai suivi ton conseil et mis en ligne le projet plus ou moins tel quel et, miracle de la créativité peut-être, j’ai trouvé un second souffle et là, je suis en train d’étoffer le projet en vue de publications à venir.
    Le projet en question est là http://www.jeepeeonline.be/2015/09/la-machine-chroniques-des-rouages.html

    Encore merci pour tes petits conseils et réflexions distillés sur ton blog et bonne continuation pour tes projets créatifs !

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