Plagions en chœur !

Quand nous créons, l’originalité semble être la vertu première à atteindre.

Nous pouvons penser que ce qui est nouveau est meilleur, et que copier c’est tricher.

Plagions en choeur !

Sans faire l’apologie de la copie illégale de matériaux protégés par le droit d’auteur (bien qu’on puisse discuter des vices et vertus du droit d’auteur), nous pouvons en revanche reconnaître qu’on ne crée jamais à partir de rien. Nous créons à partir de notre vécu réel, mais aussi à partir de toutes les œuvres que nous connaissons. Nos créations sont un agrégat de nos expériences réelles et fictives.

Sans aller jusqu’aux simplifications que font certains narratologues, il nous est facile de reconnaître que l’histoire de la création est faite d’un perpétuel recyclage de récits, de structures et de motifs communs. Ce qui fait la richesse d’une création, c’est la nature du mélange de ses influences et non le fait qu’elle parte absolument de rien. Même l’art outsider, créé en dehors du circuit culturel habituel, est riche d’influences. Même l’art le plus primitif est le fruit d’une culture.

Ce qui rend notre oeuvre originale ne réside pas dans sa nouveauté. Elle réside dans notre personnalité. Et celle-ci s’exprime à travers notre mélange d’influences. Il est unique et spécial.

L’originalité ne s’abstrait pas des influences. Elle réside dans la quantité et la diversité d’influences qui sont mélangées, et dans leur digestion.

La qualité ne réside pas dans l’originalité. Elle réside dans notre sincérité. Il y a plus de beauté dans une copie tache par tache de la peinture d’un autre si elle est faite avec amour et passion que dans le melting-pot ou le détournement le plus acharné s’il est fait sans recul.

Donc, plagions sans complexe. Notre culture fait partie de nous. Si nous l’expurgeons pour créer, nous créons sans sincérité.

Utilisons aussi notre méta-culture : l’ensemble des livres, jeux et films que nous n’avons pas vus mais dont nous connaissons l’idée directrice et qui forment des sources d’inspirations et de référentiel commun.

Nous sommes plus que notre acquis, que la somme de nos influences. Nous sommes notre vision de ces influences.