Avant le grand saut

Pour ceux d’entre nous qui envisagent de devenir créatif à temps plein, j’ai déjà proposé un article. Mais c’est un sujet vaste et épineux. C’est peut-être le seul véritable sujet de ce blog. Je reviens ici sur certains détails qui n’ont pas été abordés dans l’article précédent. Comment gérer l’alternance entre notre décision de passer à plein temps et l’heureux (ou funeste) moment où nous claquons la porte au nez de votre patron pour vivre d’art et d’eau fraîche ?

L’article précédent énumérait divers points : réaliser que son activité créatrice est aussi sérieuse et importante qu’une autre, réaliser la somme de ce qu’on pourrait accomplir en passant à temps plein, réaliser sa volonté d’être créatif à temps plein, maximiser son revenu d’auteur, avoir confiance en ses capacités, épargner, lâcher prise de l’obligation de revenu.

Voici donc les nouveaux points, concernant l’alternance :

+ Se penser comme un double actif :

Pour ma part, j’ai rêvé d’être créatif à temps plein depuis longtemps. En fait, j’ai commencé à le faire juste un peu trop tard, après avoir fait le mauvais choix d’orientation post-BAC (la classe prépa aux grandes écoles d’agronomie au lieu de la fac de lettres). Ceci dit, mon projet de reconversion a vraiment commencé le jour où j’ai ouvert le blog Outsider et commencé mon activité d’auto-éditeur. Depuis ce jour, je me vois comme un double actif. Je suis d’ores et déjà un créatif professionnel. Ça a moins à voir avec mon revenu ou mon statut administratif qu’avec l’investissement que j’y mets et la reconnaissance que j’en retire. Du jour où ce virage mental s’opère, du dilettante vers le double actif, tout prend un éclairage différent. Quand je me dis double actif, je me pense double actif. Cela va jusque dans des détails, comme tenir une compta.

+ Connaître son milieu :

Pour préparer l’alternance, il ne suffit pas de créer, il faut aussi s’exposer. Commencer à se faire un nom et un public. Découvrir le milieu, créer des liens. On peut être un créatif dilettante toute sa vie et ne jamais montrer son travail. Mais si l’on veut devenir professionnel, c’est parce qu’on veut échanger sur son art. Il faut le faire dès maintenant, à fond. Comme il se passera du temps avant que nous évoluions dans notre milieu avec aisance, commençons bien avant de passer à temps plein.

+ Créer un revenu d’appoint :

En dégageant un revenu de sa deuxième activité créatrice, on commence à épargner, on évalue si un passage à temps plein est viable, et on prépare son public à l’idée qu’on ne proposera plus du tout gratuit, et qu’on aura besoin d’être soutenu financièrement pour continuer. Je ne crois pas que ce revenu ait besoin d’être important pour être probant. À mon sens, le revenu d’un créatif n’est pas proportionnel au temps qu’il consacre à son art. Quand vous ne disposez que d’un quart-temps pour créer, cela ne vous donne que peu de créneaux pour votre personal branding : vous déplacer en salon, communiquer ou faire de la pub (que ce soit de la vraie pub ou de la présence, comme la publication d’articles invités), choses qui nécessiteraient à mon sens un ou deux jours pleins par semaine pour porter vraiment leurs fruits.

+ Prendre des risques :

Disposer encore d’une activité alimentaire est une grande chance. Cela vous permet de prendre des risques dans votre activité créatrice. Mélanger les genres, tester des nouveaux formats, oser des modèles économiques différents (comme le prix libre), investir dans du matériel coûteux. Une fois que vous serez à temps plein, vous pensez peut-être à remplir votre frigo avant de prendre des risques !

+ Trouver votre niche économique :

Puisque vous connaissez votre milieu et que vous n’avez pas peur de prendre des risques, vous verrez quelles pratiques habituelles ne sont pas rentables et vous chercherez à créer de nouvelles pratiques qui le seront. Ainsi, en observant les modèles économiques en jeu de rôle, j’ai déduit que les auteurs édités ne pouvaient pas dégager un revenu annuel, puisqu’ils touchent 1 € par livre et en vendent 500 par an pour les meilleurs. L’auto-édition en impression à la demande permet de maximiser la marge, mais même entre 5 à 10 € de marge, 500 ventes ne permettent pas un revenu annuel. Ma solution personnelle : la publication de plusieurs livres par an, le prix libre et le livre artisanal, avec pour objectif d’atteindre une marge de 20 € par livre et de dégager un revenu annuel avec 500 ventes par an, ou de trouver d’autres sources de revenus créatifs si cet objectif n’est pas atteint.

+ Sensibiliser ses proches :

Les décisions que nous prenons pour nous impactent aussi les autres. On ne peut pas l’oublier, et c’est une des causes qui nous ont poussé au départ à choisir un travail alimentaire. D’abord, il convient de prendre du recul, et de rayer un maximum de noms de la liste des personnes dont l’avis compte vraiment (et beaucoup de personnes qui vous aiment vous déconseilleront absolument de quitter votre travail alimentaire). Mais il reste toujours une personne vraiment proche, qui sera forcément impactée, et dont l’avis comptera toujours : un conjoint, un parent, un enfant. Il faut ouvrir le dialogue avec elle, lui faire part de notre volonté de nous reconvertir, lui exposer nos plans, la rassurer en montrant que nous sommes investis à fond, mais que nous gardons la tête sur les épaules. Si nous sommes déjà établis dans notre milieu, si nous avons déjà un public, si nous sortons déjà un revenu, ce sera forcément plus facile. Si cette personne nous aime, elle nous accompagnera dans notre projet, elle sera même force de proposition et de soutien. Si nous avons toute licence pour user de son soutien moral, usons avec modération de son soutien financier. Faisons tout ce qui est en notre possible pour assurer notre autonomie financière et celles des personnes à notre charge, que ce soit en gardant une activité alimentaire d’appoint, en maximisant notre revenu d’auteur, ou en limitant nos dépenses. Si nous sommes sincères, lucides et engagés, les choses finiront par s’arranger.
Le rêve lucide est la clé de la réussite.

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