Au large

C’est arrivé.

J’ai fait mes adieux à mes collègues. J’ai pris le large.

Je suis monté dans ce bateau qui m’attendait depuis toujours.

Bien sûr, j’avais fait des escales avec, beaucoup, depuis ma petite enfance.

Mais maintenant, les amarres sont vraiment larguées.

Je suis parti au grand large.

Je suis aussi heureux qu’un homme peut être. Bien sûr, la vie réserve d’autres bonheurs, la vie réserve d’autres tempêtes. Je veux juste dire ; je ne parle pas de célébrer un évènement, je ne parle pas d’une euphorie passagère. Je parle d’entrer dans la joie. Je parle d’être sincère avec soi-même, d’être sincère avec les autres.

J’ai l’air seul à la barre, pourtant ce n’est pas une traversée en solitaire. Je sais avoir le soutien de mon épouse et de tous mes proches, je sais avoir le soutien de mes anciens collègues, je sais avoir le soutien de toute une communauté et de chaque personne qui la compose. Je me suis rarement senti aussi entouré qu’à bord de ce bateau.

Je suis parti au gré des vents, je voyage sans destination. J’ai juste pris une boussole. Une boussole de valeurs, une mission.

Si naviguer peut sembler une affaire de loup solitaire, naviguer c’est aussi montrer que c’est possible.

Le vent de la mer nous fait respirer.

Je ne sais pas où cela nous mènera, et la joie réside dans cette incertitude.

Le ciel est la limite.

13 réflexions au sujet de « Au large »

  1. Bon vent Thomas, nous te verrons passer au large avec l’admiration perplexe qu’on réserve parfois aux fous qui voient plus loin que nous. Et en ramassant les bribes de rêve que tu sèmeras derrière toi.

    Bon avant de devenir ridicule de lyrisme dans un registre que je ne maîtrise pas, sérieusement, bravo.

  2.  » La mort s’en va le long des routes
    Parfume l’herbe sur les champs
    Il fait meilleur dans le couchant
    Parmi les anges qui écoutent
    Les coraux se joindre en tremblant »

    Il disait encor maintes choses
    Où de grands cris d’oiseaux passaient
    Et des feux rouges s’allumaient
    Sur sa gorge comme les roses
    Dans les premiers matins de mai

    On vit s’ouvrir les portes claires
    Les sémaphores s’envoler
    Et des ruisseaux de lait couler
    Vers les étables de la terre
    D’où l’homme s’en était allé

    Ébloui par tant de lumière
    Il allait regardant parfois
    La fumée courte sur le toit
    L’épaule ronde des chaumières
    Sans regretter son autrefois

    Car il portait sur sa poitrine
    Les tatouages de son destin
    Qui disent « Soleil et bon grain »
    À tous les hommes qui devinent
    L’éternité dans l’air marin. »

    René-Guy Cadou
    Hélène ou le Règne Végétal, 1951

    • Merci pour cet hommage. L’éternité dans l’air marin, c’est celui d’un monde où l’échec et la réussite n’ont plus cours.

  3. Tant d’entre nous regardent ton navire quitter le port avec envie.
    Nous saluons silencieusement ton courage, et espérons secrètement nous aussi un jour prendre le large.
    Et qu’importe où il te mènera, il te mènera toujours plus loin que nous autres pauvres esclaves…

    • Merci infiniment Julien,
      Sur la notion de liberté, j’aurais beaucoup à dire, mais je ne pourrais pas le faire tenir dans un commentaire. J’ai un bouquin de prévu sur le sujet.

  4. Il faut du courage et aussi une bonne dose de folie pour suivre la voie de la créativité à plein temps. Dans une certaine mesure, je t’envie d’avoir oser franchir le pas.
    Bravo et bon vent !

  5. Et espérons que ce voyage ne s’arrête jamais et qu’il te mène jusque dans les étoiles, aussi terribles que fabuleuses, aussi sombres qu’attirantes.

    Bonne chance pour ta nouvelle aventure, mes espoirs t’accompagnent 🙂

    • Merci pour ton lyrisme Artemis !

      A défaut des étoiles, une suite de journées avec un stylo ou un clavier et des échanges avec des personnes aussi enrichissantes que vous toutes me suffira.

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