Alchemie Capricieuse

Un article invité par Antoine

J’ai mis assez longtemps à trouver une voie d’expression artistique qui me corresponde vraiment.
En fait je crois que ce n’est toujours pas un problème résolu.
J’avais commencé par le théâtre : mais l’apprentissage des textes m’était trop fastidieux et je n’appréciais que très moyennement d’être obligatoirement confronté à une interaction sociale pour pouvoir m’exprimer.
Je me suis ensuite mis à la guitare mais là encore, l’aspect académique du solfège et la technicité
de l’instrument sont vite venus poser une limite à ma progression que je n’ai jamais pris la peine de dépasser.
Est venue l’écriture, plus spécifiquement la poésie. Ce fut comme une soupape qui explosait après 20 ans de rétention. J’inondais des feuillets de notes, de réécriture, de cuts surréalistes. Je griffonnais mes livres, en découpais d’autres. Ce fut une période de grande effervescence en termes de création. Et c’était plutôt satisfaisant. Je croyais avoir trouvé ma voie.
Mais après 2 ans, je commençais à tourner en rond. Et surtout, j’avais l’impression d’avoir dit ce que j’avais à dire, d’exprimer ce que ma plume était en mesure d’exprimer. Continuer aurait signifié changer de format. Passer au roman, où à l’essai. De plus l’écriture demande un isolement assez conséquent qui ne me convenait plus.
N’ayant pas trouvé, et n’ayant peut-être pas envie de trouver, un cercle de lecture de mes écrits plus large que celui intime des amis, le processus d’écriture a petit à petit perdu de sa raison d’être.
Quelques tentatives depuis m’ont définitivement découragé. Je n’y trouve vraiment plus de satisfaction. Peut-être dans 20 ans, quand la cocotte-minute sera à nouveau pleine, je ressentirai à nouveau le besoin d’écrire.
Mais le besoin impérieux de création, lui, était toujours présent.

Invité par des amis à participer à des concerts de musique improvisée dans divers lieux, je tapais sur des percussions et donnais de la voix à pleins poumons. Plusieurs remarques encourageantes à propos de ma réactivité et de mes capacités vocales m’incitèrent à pousser dans ce sens.
Je pris des cours de chant. Je m’achetai des pédales multi-effets que je branchai sur le micro, et me lançai bientôt dans des expérimentations dissonantes et robotiques lors des concerts. Mais bien vite le format «musique improvisée» me parut lui aussi tourner en rond. J’avais envie de perfection, de finitions plus abouties, mais surtout j’avais envie de pouvoir travailler chez moi. D’en faire une activité quotidienne, et non plus un laisser aller réservé aux concerts.
Après avoir pris plaisir à composer mes premiers morceaux sur ordinateur, les concerts me parurent vains et frustrants. J’y préférais le temps passé à calibrer un morceau à la seconde prêt.

Pendant 3 ans je crois n’avoir fait que ça. Une musique cathartique, faite de cris, de crissements, de samples de films d’horreurs, d’enregistrements d’insectes, d’avions ou de trains. Internet et myspace devinrent le moyen de diffusion le plus simple. Puis vînt l’envie de faire des CDs. Ce que je fis. Mais la difficulté d’obtenir un avis positif de la part de labels m’incita à monter le mien. Je pouvais ainsi m’auto-diffuser et diffuser d’autres groupes issus de la même fange underground que la mienne.
Cela fonctionne, modestement, mais ça fonctionne.

Je croyais avoir trouvé mon alléluia pour de longues années, mais c’était mal me connaître.
Aujourd’hui j’ai à nouveau un sentiment de frustration et d’incomplétude créatrice.
La manière dont je travaillais ne pouvait correspondre qu’à un type de musique quasi systématiquement sombre et oppressant. Pas de rythmes, pas de mélodies : juste l’enfer sonore des ondes et des cris qui s’entrechoquent. Et je ne ressens plus un aussi grand besoin de ténèbres. Ou plutôt, ces ténèbres ne sont plus aussi primitives. Leurs mises en lumière se sont complexifiées.
Et puis, le dicton qui dit que le malheur rend créatif est assez justifié.
Aujourd’hui j’ai trouvé une stabilité, et le chaos qui m’accompagnait s’est assagi. Là où la création s’imposait comme art cathartique, ces raisons d’être ont changé. De viscéral le besoin est devenu existentiel. Une des décadences qu’engendre le bonheur…

Il me faut donc à nouveau presque tout réapprendre. Un nouveau logiciel de son pour arpenter d’autres univers sonores. Et puis je sens surtout que ce n’est plus forcément la musique qui répondra aux nouvelles formes qu’ont prises ces pulsions. C’est mon corps tout entier qui a besoin de l’exprimer entièrement. Des disciplines comme le Butō correspondraient peut-être plus parfaitement à mes besoins. Malheureusement je ne trouve d’accès à cette activité autrement que par des stages occasionnels.

Je pratique aussi régulièrement le jeu de rôle. C’est aussi une forme d’expression et de créativité, de l’art narratif et expressif dans un cadre semi improvisé, éphémère et amical. Cela répond en partie à mes besoins, mais en partie seulement. C’est pour l’instant la seule activité qui ne m’ait pas lassé. Sûrement ses aspects ludiques et sociaux me sont-ils des éléments essentiels.
Mais cela n’implique pas à mes yeux les mêmes exigences et le même processus d’exploration interne qu’un art plus personnel. C’est surtout divertissant.

Tout ça pour dire que c’est un chemin tortueux et jamais abouti que de trouver l’outil qui correspondra à chaque étape de ma vie. Je sais que certaines personnes, la plupart, une fois trouvé leur don, ne le lâchent plus et s’y accrochent jusqu’à la fin, jusqu’à y exceller. Parfois j’aimerais que cela soit si simple. Mais c’est au contraire pour moi une remise en cause perpétuelle, qui au final est aussi enrichissante qu’épuisante. Je pourrais aussi ne plus chercher à créer. J’ai déjà essayé pendant 2 ans, et j’y arrive, je crois, à terme. Un mélange d’orgueil, de sentiment de vide, d’incomplétude, me rend définitivement ce processus vital. Sinon j’ai l’impression de n’être qu’un réceptacle animal d’émotions mortes nées qui se répètent sans forme ni but. C’est tout aussi reposant que désespérant. Il me faut transformer autrement qu’en matière fécale ce que je consomme dans la vie !

Ce que j’assimile me change, je dois donc moi aussi transformer autrement. C’est une alchimie capricieuse.

Antoine.

http://www.alchemicsoundmuseum.com/
http://www.myspace.com/lokifunlilith
http://www.myspace.com/endlesscorridors
http://f-mur.blogspot.fr/search/label/Antoine%20Dra%C3%AFem

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