21 jours à tenir

Dans mon précédent article, je revenais sur mon addiction à internet. Elle m’empêche de pleinement me consacrer à ce qui est important : créer, vivre, partager, contribuer.
Quand j’ai arrêté de fumer, l’un des plus grands bénéfices a été le gain de soixante-quinze minutes par journée, que je passais à remplir mes poumons de goudron au lieu de vivre.
Plus récemment, l’arrêt du café m’a encore fait gagner une demi-heure par jour.
L’arrêt du vagabondage sur internet pourrait bien encore me rendre une heure par jour. Davantage si on compte toutes les minutes de cerveau passées à transiter d’une activité en ligne à l’activité en réel (trois minutes par interruption).

Le problème, c’est ce que ça n’est pas si simple d’arrêter. Du haut de ma petite expérience dans la lutte contre les addictions, je crois avoir discerné trois étapes :
+ se rendre compte qu’on a un problème.
+ prendre la décision de résoudre son problème.
+ mettre en place des habitudes qui résolvent le problème.

Concernant internet, je me suis rendu compte que j’avais une addiction quasiment dès que j’ai commencé à l’utiliser. J’ai pris la décision de résoudre mon problème quand j’ai écrit La fidélité et l’ennui. Quatorze ans pour que l’argument rationnel « J’ai un problème. » passe du cerveau au cœur pour devenir la décision « Je veux résoudre mon problème. ». Les addictions sont pernicieuses car si elles nous gâchent la vie, elles ne nous empêchent pas de vivre. Elles apportent même des satisfactions à très court terme qui masquent les dégâts à long terme. C’est pour cela qu’on prend autant de temps à se décider de les combattre, même lorsqu’il ne s’agit pas d’addiction chimique. Ceci dit, je ne serais pas étonné d’apprendre que les procédés à l’œuvre dans le cerveau d’un accro à internet sont assez proches de celui d’un drogué.
J’ai pu laisser entendre dans La fidélité et l’ennui qu’il me suffisait de le décider pour résoudre aussitôt le problème. C’est faux. Rien ne se passe si on ne met pas en place une nouvelle habitude qui déprogramme l’ancienne.

Ce pourrait être de réduire progressivement la fréquence ou la durée de mes passages sur internet. Cette méthode a marché pour plusieurs addictions : le fromage, les substituts nicotinés, les bonbons qui ont remplacé les substituts nicotinés, les pommes qui ont remplacé les bonbons, l’eau qui a remplacé les pommes. Ça a marché aussi pour mettre en place des habitudes nouvelles, comme le sport, la gymnastique.

Mais pour certaines addictions plus violentes, comme la cigarette, l’alcool, le café, le plus efficace a été d’arrêter tout à fait. Pour le café, je m’étais fixé une période d’essai d’une semaine sans café. J’ai ensuite repris pendant un mois, puis me suis redonné une période d’essai d’une semaine, puis arrêté tout à fait.

Pour l’addiction à internet, je vois bien une solution radicale de ce type, avec une période d’essai. Le souci majeur c’est que si je peux réduire encore beaucoup ma consommation d’internet, je ne peux pas la supprimer tout à fait. J’ai besoin d’internet pour collecter des renseignements, utiliser divers services, bloguer, communiquer sur mon travail.

Aussi, voici mon programme. C’est une période d’essai de 21 jours. Le temps qu’il faut pour que le cerveau enregistre une nouvelle habitude. Ça démarre aujourd’hui.

Pendant cette période, je m’engage à réduire ma consommation internet à un idéal : essentiellement de la communication sortante, de l’échange proactif et des recherches. Avec une fréquence la plus réduite possible. Je ne prétends pas que tout le monde devrait ainsi réduire sa consommation. Je prétends que je dois le faire si je veux me consacrer totalement à ce qui compte pour moi.

J’ai pris d’abord quelques mesures préventives. Constatant que je n’avais pas envie de manger de friandises quand il n’y en avait pas dans la maison ou qu’elles étaient cachées ou peu accessibles, je réduis la tentation à la source. Sur facebook, j’ai encore supprimé quelques amis et paramétré pour ne visualiser les statuts que d’une demi-douzaine d’entre eux. J’ai masqué les actualités de toutes les pages que j’aime. Sur google +, je me suis désinscrit de toutes les communautés. Je reste à zero contact sur twitter et google+. Sur mail, je me suis désabonné des blogs que je suivais : Zen Habits, The Minimalists, Du Bruit derrière le paravent, le Fix. Ça a été dur. Seul rescapé, Limbic Systems. Parce qu’il ne publie qu’un article par mois.
Dans le courant de la semaine, je m’interdirai toute incursion sur internet. Y compris Outsider Daily, ma news quotidienne sur twitter, google+, facebook. Si j’ai besoin de rechercher quelque chose sur internet, même si il y en a en théorie pour moins de deux minutes et à moins qu’il s’agisse d’une urgence avérée, je m’abstiens de le faire de suite et je le note en Action sur mon tableau de bord.
Le mercredi soir, comme d’habitude, j’entame ma revue hebdomadaire. À ce moment, je commencerai par faire mon unique Outsider Daily de la semaine, qui renverra vers un message de blog où je vous ferai un rapport de mon activité et de mon ressenti.
Ensuite, je vérifierai les statuts des quelques amis que je suis encore sur facebook, et lirai les nouveaux messages des trois forums que je suis encore : Terres Etranges, Les Ateliers Imaginaires et Festnoz. Puis je répondrai à mes e-mails reçus dans la semaine. Puis je ferai les recherches internet que je m’étais notées, à l’exception des actions internet qui demanderaient plus de cinq minutes, (par exemple, j’ai prévu depuis longtemps de tester le système d’abonnement mail de mon blog). Je valide ma liste de tâches pour la semaine. Tout cela peut être fractionné en plusieurs soirées si besoin. Plus tard dans la semaine, à la maison et surtout pas au bureau, j’utilise une partie de mon temps de travail pour les actions internet qui demandent plus de cinq minutes. Je me garde la possibilité de les ajourner si je sens venir la tentation d’aller voir autre chose au passage.
Je me réserve le droit de reprendre mes activités habituelles au bout de 21 jours, car je veux rester dans l’esprit d’un essai, qui ne m’engage pas au-delà de cette période. Il est notamment prévu que je reprenne ma mise à jour quotidienne d’Outsider Daily, chaque fois que j’aurai des nouvelles à partager. J’ai déjà arrêté de poster des liens vers d’autres articles depuis quelques semaines car cela m’incitait trop au vagabondage internet.

Il y a trois ans, je notais dans mes « Un jour peut-être » : Essayer une semaine sans internet. Jamais réalisé.
Il y a un an, je notais dans mes « Un jour peut-être » cette période de sevrage de 21 jours.
Aujourd’hui, je passe enfin à l’action. En parler ici, malgré le paradoxe que ça représente, m’aide beaucoup. Vous m’aidez beaucoup, et j’espère pouvoir en aider d’autres avec mon retour d’expérience.

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